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 Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]

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Kyle Davis
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Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 11 EmptyDim 9 Juin - 21:11

S'ils s'étaient déjà enlacés lors de leur dernière rencontre, cette fois-ci était toutefois fondamentalement différente. Pas de tentative de réconfort, de désir de rassurer, juste un geste simple et presque naturel dicté par l'envie de le faire. Et Kyle appréciait cela. Il appréciait, passée la surprise et la bribe de méfiance, de sentir Charles contre lui, son menton sur son épaule, et son souffle qui lui chatouillait le cou. Il n'était pas bien plus grand que son compagnon, en réalité, malgré ses brimades, mais juste de quoi saboter un peu sa voix. C'était amusant, et cela lui tira un sourire. Il fut surpris de l'aveu qui sortait ainsi sans vrai contexte, constata qu'il ne connaissait encore que la trame principale de l'histoire de Charles, et que les détails fuyaient de ça de là, ponctuaient les conversations.

-Avec des champignons... Sérieusement? C'est quand même assez tordu, comme idée. Pas très discret non plus, mais qui suis-je pour parler de discrétion.


Il roula des yeux, se comprit lui-même quant à ce à quoi il se référait, et reposa la flasque tout en songeant qu'il ferait mieux de s'en tenir là s'il ne voulait pas simplement s'effondrer raide mort sur le lit. Au moins était-il déjà fait. Un problème de moins à régler une fois ivre. Il se sentait léger, mais demeurait prudent. Sans doute pas assez considérant le peu de connaissances qu'il avait dans le domaine. Il avait déjà franchi la ligne de la sobriété, en bon novice. Il ne faisait plus vraiment attention aux pâtes, à ce stade, écoutait parler le pianiste avec intérêt, et il se tourna pour le regarder. C'était toujours ainsi. Charles parlait, ses mots faisaient sens pour l'un et pour l'autre, comme une expérience commune sans l'être.

-On avait pas de médocs, mais la routine nous perdait. Au départ tu sais quel jour il est, quel mois, qu'elle année, puis tout s'efface.
(Il marqua une pause, pensif, releva sa main jusqu'à l'épaule de son compagnon.) Enfin, de mon côté. Certains le savaient même des années après, parce qu'ils recevaient des visites. Ils guettaient le bon jour comme le nouvel an.

L'alcool le rendait plus bavard, plus ouvert, sans qu'il n'en vint à s'égarer sur les parts qu'il préférait conserver pour lui. Le jour des visites. Il revoyait les gars piailler, fébriles, tandis qu'il ne partageait pas cette émotion. Au début, cela lui serrait la gorge, et la jalousie l'étouffait, puis la sensation était morte, et il ne s'en était plus soucié. C'était un jour comme les autres. Il perçu la rougeur de Charles avec un sourire moqueur, effleura sa pommette d'un geste léger. Cela ne sembla pas le vexer outre mesure, heureusement, et Kyle n'eut de toute manière pas l'occasion de s'attarder davantage sur le sujet. C'était une méthode comme une autre pour le faire taire, si l'on voulait. Nouveau frisson, plus prononcé. Il ne broncha pas une seconde, non pas que ce fut déjà arrivé, et lui rendit le baiser sans se faire prier, ses doigts remontant contre sa nuque. L'alcool le rendait sans nul doute plus enhardi qu'auparavant, et il souriait contre ses lèvres, amusé.

-Quel talent, j'en suis soufflé...
Lâcha-t-il à mi-voix, moqueur, mais il ne lui laissa guère le temps de répondre, l'embrassa de nouveau avec une malice perceptible.
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Charles Macaulay
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Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 11 EmptyJeu 13 Juin - 16:57

Charles laissait son regard se perdre dans le vague, passant outre les traits fins de son camarade et se noyant dans la faillence bleue au-dessus de l'évier. L'eau pour les pâtes bouillait avec son son caractéristique et agréable. Il aurait bien fumé une autre cigarette, mais la proximité avec Kyle l'empêchait de vouloir faire un geste de plus.

- Oui, des champignons. Henry était un drôle de type, tu sais. Toujours à vivre dans ses livres, en compagnie de Homer ou je ne sais quoi.

De là à dire qu'il était perché, il n'y avait qu'un pas. Mais ce n'était pas forcément mentir que d'avancer cela. Lui et Julian formaient une chouette équipe. Charles se souviendra toute sa vie d'un dîner tranquille chez lui et sa soeur où ils s'étaient rendus compte que Henry ne savait pas que l'homme avait marché sur la Lune. Il avait beau être un génie, il vivait reclus, bien plus que Charles. La réponse de Kyle lui donnait des bribes d'informations sur comment, lui, avait fait son affaire pour finir derrière les barreaux. Le plus âgé décida avec un naturel non feint de poser la question.

- Discrétion, pour toi, alors ? Quel genre ?

Il ne s'embêtait même plus à faire des phrases compréhensibles. Le souffle tranquille de Kyle dans son oreille, il ferma à demi les paupières, le visage rendu rouge par la proximité avec le feu et l'eau bouillante. Lorsque le plus jeune fit référence aux visites, Charles sentit une mélancolie étrange lui étreindre le coeur, comme si imaginer un Kyle plus jeune, reclus dans sa cellule sans aucun lien avec l'extérieur le rendait plus triste qu'il ne l'aurait voulu. Quelqu'un était-il venu le voir dans son centre, à lui aussi ? Sa Nana, une fois, accompagnée de Camilla, et la visite s'était fondée en puits de larmes et n'avait jamais été réitéré. Charles prit la main de Kyle dans la sienne alors qu'il allait s'emparer de la flasque et il dessina des arabesques aléatoires sur sa peau.

- Des années, c'est bien long. Ton adolescence a dû être étrange. J'imagine bien maintenant pourquoi tu ne te mélanges pas vraiment avec les étudiants de cette ville. Et puis elle est si bizarre. Je regrette Hambden.

Voir Kyle s'amuser sur son talent de cuisinier (qui restait encore à prouver) fit naitre un sourire sur les lèvres du blond. Leur baiser s'éternisa, mais ce n'était pas désagréable. Quand, enfin, Charles se sépara de son ami, ce fut pour reprendre une gorgée de Bourbon. Voir Kyle répondre à l'effet de l'alcool était amusant ; peut-être allaient-ils finir secs et alcoolisés sur le lit, le nez dans les couvertures. Ou peut-être allaient-ils se perdre dans un éclat de rire à une connerie que l'un d'eux lancera à un moment de la conversation. Cela convenait à Charles. Il ouvrit le frigo, à la recherche d'un bout de viande pour prouver son habileté à la cuisine.
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Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 11 EmptyJeu 13 Juin - 20:58

Un drôle de type. Mais ils étaient tous des drôles de type, qu'ils fussent dans les histoires de Charles, ou dans celle de Kyle. Eux-mêmes étaient drôles. Bunny, Henry, Richard croisé plus tôt, Charles, les gars de taule et lui, toute une bande de "drôles de types", certains plus que d'autres, certains plus atteints que d'autres. Mais de là à vouloir miser si gros sur des champignons, il y avait tout de même un beau fossé. Et cela amusait Kyle, d'imaginer ce Henry, avec ses livres, et son air détaché. Hors du temps. Parfois il le voyait blond, parfois brun, selon les humeurs, grand ou petit, jamais bien précis, toujours un peu flou. C'était comme imaginer les personnages d'un roman sans jamais avoir droit à leur description. Rieur, rendu léger par l'alcool, il ne cilla pas à la question de son camarade, se contenta de mollement hausser les épaules.

-Dans le genre ironique. Une discrétion inexistante, si tu veux mon avis. Environ une minute pour se faire prendre. Un beau palmarès si tu veux mon avis.
(Il eut un rire étouffé, resserra un peu sa prise sur son aîné.) Peut-être bien que j'ai vraiment commencé à réfléchir derrière les barreaux, ennui oblige.

L'ambiance était étonnement apaisée compte tenue de la boisson qui circulait, du sujet qui revenait, et des gestes qui auparavant figuraient parmi les causes de tension entre eux. Il ne ressentait plus l'amertume tenace des années passées, désormais. C'était effacé. Sa sœur avait laissé place à un souvenir jusqu'à ce qu'il la revoit. Un peu plus, et elle aurait pu être une simple image dans son esprit, un fruit de l'imagination. Il fut surpris de retrouver sa main dans celle de Charles, releva les yeux sur son visage, frissonna au contact de ces doigts qui se promenaient sur sa peau.

-Étrange, c'est le bon mot. Mais quand tu le vis, t'as pas vraiment cette impression. Pour moi... Pour nous tous, c'était notre forme de normalité. C'est en sortant... Ouais, là tu te rends compte que c'était effectivement étrange, lâcha-t-il, et il effleura la mâchoire de son compagnon du bout des doigts: Hambden. J'aurais bien aimé voir. Mais n'importe quel endroit serait mieux que cette ville.

Le moment de calme se prolongeait, le baiser aussi, mais ni l'un ni l'autre ne devait en ressentir une grande gêne. C'était bien. C'était supposé arriver, sans doute. Kyle suivit le pianiste des yeux alors qu'il s'écartait, ouvrait le frigo pour chercher à l'intérieur. Son regard s'attarda sur son dos, son profil, avec un intérêt qu'il ne parvenait plus à dissimuler. Il ne cherchait pas à le faire. Il se sentait trop léger. C'était presque effrayant. Il entreprit de balancer gaiement les pâtes dans l'eau, détourna son attention presque à regret.

-Si tu fais flamber ma cuisine, ça risque d'être drôle. T'as b'soin d'autre chose
? S'enquit-il, et sans doute que son stoïcisme commençait à fatiguer puisqu'il semblait prendre un certain plaisir à afficher son sourire le plus malicieux: Pour exprimer tout ton talent.. Tant que tu touches pas à des champignons.
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Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 11 EmptyVen 14 Juin - 13:52

Ce que disait Kyle, même si cela n'était que supposition, était compréhensible et facilement imaginable. Aussi, Charles hocha la tête avec sérieux en jetant un œil aux pâtes qui se faisaient renvoyer au rang de personnage tertiaire de cette scène. Après tout, qu'est-ce qu'il y avait d'étrange à commencer à réfléchir une fois enfermé ? Dans l'esprit du jeune homme, cette idée n'était pas totalement stupide.

Qu'y avait-il d'étrange à se retrouver dans les bras d'un meurtrier, lui-même connaisseur des tares de Charles ? Rien n'allait dans leur drôle de relation, et le plus âgé, en fait, appréciait plutôt bien cela. L'eau des pâtes se mit à bouillir à grand bruit et Charles dut se précipiter pour enlever la casserole du feu avant qu'un malheur n'arrive. Cet incident mineur le rendit hilare et il se laissa tomber dans une chaise de la cuisine, un éclat de rire secouant son diaphragme.

- C'est sûr, qu'est-ce qui peut être mieux que de prendre conscience de ses crimes une fois qu'ils sont punis ?

La phrase, qui avait tenté de sortir sérieuse, fut agitée du rire de Charles. Les larmes lui montaient aux yeux. Il se tenait le ventre et jetait des regards amusés à Kyle. Il tendit un bras et attrapa le bras de son camarade, peu envieux de rompre leur contact physique.

- Ouais, Hampden c'était sympa, de mon point de vue. Mais demande pas ça à Richard, il a failli mourir de froid le premier hiver là-bas. Quel abruti, en même temps il débarquait de Californie, chez lui Noël on le fête avec un arbre en plastique et un soleil de plomb.

Rien que d'imaginer Richard, tremblotant sous ses huit couches de vêtement, jusqu'à ce que Henry vienne le sauver, ajouta encore à son hilarité générale. Il s'essuya les yeux du dos de la main et reporta son attention sur Kyle, qui le fixait avec une expression à mi-chemin avec le sérieux et l'amusement, comme s'il ne savait pas sur quel pied danser. Charles se leva et, devant le frigo, il s'agenouilla au sol pour fouiller à l'intérieur.

- Promis, pas de champignons. Je peux utiliser tes brochettes de veau ?

Du moins croyait-il en voir dans le frigo. Il s'en saisit sans attendre la réponse de Kyle et s'empara d'une poêle pour faire flamber tout ça. Il ne mentait pas, ses connaissances en cuisine, bien que moins étendues que celles de Francis, restaient satisfaisantes.

- À Hampden, nous avions l'habitude d'inviter les autres à manger tous les lundi soirs, sans exception. Enfin, sauf le lundi après la mort de Bunny, parce que personne n'avait envie de manger. Mais autrement, c'était toujours chez nous que ces dîners avaient lieu.

Était-ce bizarre d'habiter avec sa sœur jumelle ? Charles trouvait cela naturel, mais il s'était déjà pris des réflexions perplexes. Surtout de Bunny.
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Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 11 EmptyDim 16 Juin - 20:05

Sans doute les effets de l'alcool étaient-ils plus présent que ce à quoi Kyle s'attendait, puisqu'il contempla gaiement l'eau qui frôlait l'implosion sans réagir pour un sou. Il ne réalisa la chose que lorsque Charles s'occupa de sauver la situation, cligna des yeux comme tout droit sorti d'un rêve, et réalisa soudain qu'il allait risquer bien de rater pas mal d'autres événements de ce genre. Son attention avait disparu, remplacée par la légèreté, et il du se mordre la lèvre pour ne pas simplement se mettre à rire en coeur avec son compagnon. Sa voix familière était agitée d'hilarité, ce qui surprit le plus jeune, puisqu'il n'avait encore jamais eu droit à un tel fou rire. C'était plaisant. Pour peu, et il se mettait aussi à glousser. Alors en effet, Kyle le fixait, avec une expression cocasse à mi-chemin entre les débuts du rire et le calme olympien dont il faisait preuve à l'accoutumée. Il tapota le bras de son aîné, qui avait retrouvé le sien, d'un geste machinal et affectueux, se mordit de nouveau la lèvre sans parvenir à retenir le léger son d'amusement qui franchit sa gorge.

-Vachement dégourdi ton ami, dis moi... Crever de froid la première année. Beau palmarès.


Il essaya de se reprendre un peu pendant que son camarade fouillait dans le frigo, arqua un sourcil perplexe tout en allant jeter un œil à se découverte. Il n'eut qu'un souffle, accompagné d'un "Depuis quand...?" des plus sceptiques, à croire qu'il n'avait plus souvenir d'avoir flanqué ces brochettes là-dedans. Très franchement, le Bourbon n'était pas un bon mélange avec sa personne. Divertissant, certes, mais il était à la fois bien trop conscient que tout lui échappait peu à peu. Il n'arrivait pas à s'en offusquer. L'odeur de la viande grillée lui chatouilla vite le nez, et il se focalisa de nouveau sur Charles, tant bien que mal, avec le sentiment d'avoir des bulles de rire qui remontaient parfois de façon inexplicables. À peine une seconde de réflexion plus tard, et ce fut son tour de se glisser derrière son camarade, et caler son menton sur son épaule. Le léger écart de taille l'arrangeait bien, et ce fut avec une joie presque puérile qu'il constat que son Grenouille était pile à la bonne hauteur pour que ce soit confortable. Il observait davantage ses mains que ce qu'il se tramait dans la poêle, en réalité.

-Jolie tradition, ça. Un repas commun. Ça devait être une belle ambiance... Pourquoi chez vous? C'était plus grand, ou c'était simplement une forme d'exploitation...
Souffla-t-il, amusé: Tu vivais avec ta sœur, hm? J'me demande si ça aurait été pareil avec Violet. Quand on était gamins, on se voyait pas passer notre vie autrement qu'ensemble... Assez ironique, quand on y pense.

Il passa machinalement un bras autour de la taille de son aîné, lâche, davantage pour caler ses mains quelque part qu'autre chose, au lieu de rester les bras ballants. Peut-être bien qu'être sur la pente de l'ivresse le rendait aussi affectueux qu'un chat.
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Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 11 EmptyLun 24 Juin - 17:49

Avec une rapidité tout à fait exceptionnelle, le fou rire de Charles se calma et il n’en resta comme trace que les yeux brillants du jeune homme et un léger sourire sur les lèvres. Ici, malgré la quantité de Bourbon ingurgitée, le plus âgé laissait pour la première fois entrevoir l’ancien Charles, celui qu’il était avant de tomber en morceaux. Un mélange de douceur et de charisme tranquille, sans cet angoisse qui le faisait se tordre les mains et sa soif apaisée, on aurait pu croire à une nouvelle personne dans le même corps. Il souriait gentiment à Kyle, sauva ses pâtes et son eau bouillonnante et baissa le feu. Il s’attela ensuite à ouvrir le sachet de viande avec un couteau pointu et ouvrit un placard au hasard.

- Dis-moi, t’aurais une poêle ? Pour la viande.

La faim creusait son estomac vide et l’odeur de la viande lui faisait grandement plaisir. La présence de Kyle, surprenante, juste derrière son oreille, avec son souffle tranquille dans le cou, le rendait légèrement nerveux, comme s’il tenait entre ses mains quelque chose de précieux qu’il aurait peur de briser. Son camarade lui passa une poêle et Charles y mit les brochettes à cuir. Très vite, le fumet odorant qui s’en échappa termina d’ouvrir l’appétit du plus âgé. Le souvenir des dîners du lundi lui faisait peut-être autant plaisir que le veau frémissante dans la poêle.

- Chez nous... Eh bien, c’était un peu le QG. Henry n’aimait pas recevoir des gens chez lui, Francis se mettait toujours trop de pression quand il devait cuisiner, et Bunny et Richard vivaient sur le campus. Et puis, on aime recevoir, tout simplement. Ce n’était pas si grand que ça, mais nous n’avions pas besoin de quelque chose de trop démesuré juste pour nous six.

C’était la stricte vérité. Il se mit à faire tourner les brochettes dans la poêle en y accordant toute l’attention dont il disposait. Inconscient du regard de Kyle sur ses mains affairées, il continua d’une voix calme et joviale, là encore vestige de la personne qu’il était il y a encore quelques années de cela, sans les meurtres et les suicides.

- Oui, j’habitais avec Camilla. C’était moins cher et tout simplement plus pratique. Nous avions toujours habité ensemble, alors prendre un colocataire aurait été étrange.

Il hocha la tête. « Elle et moi imaginions vivre ensemble jusqu’à la fin de notre vie aussi. Mais tu vois comme les choses changent, hein. »
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Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 11 EmptyDim 30 Juin - 23:50

Sûrement qu'il en avait une, de poêle, mais déphasé comme il commençait à l'être, il dût s'autoriser un temps de réflexion supplémentaire pour se souvenir où il l'avait rangée. Au même endroit que d'habitude, c'était forcée en vue de son amour des rangements parfaits, mais cela ne l'aidait pas grandement. S'il battit des cils comme pour se réveiller, il finit par lui tendre l'ustensile sans pour autant quitter le dos de son camarade, qu'il trouvait à cet instant tout à fait accueillant et confortable. Et puis c'était agréable, de ne pas être seul, de parler à quelqu'un, chez-lui, écouter sa voix familière et regarder danser ses mains. Il se faisait de nouveau étonnement silencieux, se laissait conter les histoires sans l'interrompre. Ses mains demeuraient sages, ses yeux rivés sur la scène, le parfum du savon que portait Charles concurrencé par celui de la viande qui cuisait. Plus encore, c'était plaisant de parvenir à maintenir leur première conversation qui ne vrillait pas durant tant de temps. Les autres s'étaient soldées par des montées de voix, des larmes, et des coups-bas.

-Un QG... Amusant,
lâcha-t-il d'une voix basse, songeuse: Peut-être qu'on aurait fini comme ça, avec ma sœur. À accueillir des gens. Si j'avais pas déraillé en chemin. Mais de toute manière, j'aimais déjà pas les repas de famille, alors inviter des gens...

Il grommela les derniers mots, se souvint des après-midi interminables coincé entre sa sœur et sa tante, avec les grands-parents qui lui semblaient ennuyeux à mourir. Les matinées passées à mettre la table, aider sa mère à cuisiner, les habits atroces et l'hypocrisie générale. Cela ne lui manquait pas le moins du monde. Sans doute n'en connaîtrait-il jamais d'autres, de toute façon. À choisir, il préférait ce soir, à écouter la voix de son compagnon, le voir en bon état, de bonne humeur.

-Les choses changent. C'est le cas d'le dire. Je sais même pas si Violet oserait ne serait-ce que boire un café avec moi après tout ça. Ce sont des promesses d'enfant, tout ça. Ça n'arrive jamais. Quoi qu'on y fasse, ça disparaît.

Il haussa les épaules, derrière son camarade, sans grande conviction. Sur une pulsion passagère, il plaqua un baiser contre la naissance de son épaule, avant de se décaler pour attraper deux assiettes, dans un éclat de conscience soudain. Il paraissait plutôt bien tenir, mais la manière dont se déliait sa langue, sa douceur latente, tout cela laissait suggérer qu'il n'était plus tellement maître de lui-même. Il ne s'en offusquait même pas, s'y laissait couler sans s'en rendre compte.

-À l'époque, on avait un langage à nous, avec ma sœur. On parlait avec les mains, et personne ne nous comprenait. Il suffisait qu'on se regarde. Maintenant, nous ne sommes même plus fichus de nous comprendre ne parlant à haute voix. C'est ridicule. Et très frustrant.
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Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 11 EmptySam 6 Juil - 12:19

Charles ne se formalisa pas de la présence agréable de Kyle juste derrière son épaule, comme s'il tentait d'en faire abstraction pour ne pas se sentir gêné. Dans la poêle, qu'il avait agrémenté d'un filet d'huile, crépitaient les morceaux de viande qu'il avait très hâte de consommer. Le fumet alléchant qui en ressortait animait d'avance ses papilles gustatives et il se surprit à saliver. À quand remontait son dernier repas ? Il ne faisait pas attention à ce genre de choses. D'un geste du menton, il invita Kyle à s'occuper des pâtes, cuites à son humble avis à la perfection, et il se mit à retourner la viande avec une spatule peu pratique, obligé d'y mettre les doigts. C'était chaud, aussi jura-t-il entre ses dents et porta-t-il ses doigts à la bouche.

- Il y a quelque chose de très agréable dans l'invitation des autres à manger. Cuisiner pour plusieurs, voir même à plusieurs, c'est cool, ajouta-t-il en se maudissant pour l'utilisation stupide de ce mot peu élégant. Mais je n'ai jais trop connu les repas de famille. C'est le revers de la médaille quand on est orphelin, dit-il en riant.

Aussi songeur, imaginant comme il le pouvait un repas de famille en bonne et due forme, il n'avait comme exemple que la famille, nombreuse, de Bunny, avec qui ils avaient partagés quelques repas au moment de l'enterrement. Mauvaise ambiance, stress terrible pour rassasier tous les invités, à courir à droite et à gauche à la recherche du parfait jeu de fourchettes dans la commode du salon. Les yeux dans le vague, le jeune homme ajouta comme un écho lointaine : « Ouais, les choses changent. »

Il fut quelque part étrangement soulagé de voir Kyle de nouveau vaquer à ses occupations, car sa présence si proche le remplissait d'une tension inutile et incompréhensible.

- Ouais, je comprends ça. Camilla et moi étions très proches aussi, tu vois, les orphelins qui jamais ne voudraient se séparer, tout ça. Mais avant le temps tout s'efface. Je pense bien qu'il ne nous reste plus beaucoup de notre ancienne similitude. Elle a pris sa vie en main, elle travaille pour Nana, elle fait sa vie, et moi je continue à boire et à étudier comme si cela allait me servir un jour à quelque chose.

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Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 11 EmptyVen 2 Aoû - 16:46

L'odeur de la viande commençait à devenir un peu trop entêtante, emplissait la petite cuisine, et Kyle se retrouva un instant à naviguer entre la gourmandise et une vague nausée qui ne pouvait être liée qu'à ce qu'il avait vu auparavant. Fragile, l'enfant, sans doute, ou bien avait-il consommé plus que ce qu'il n'aurait voulu, ou cru. Il mît même quelques secondes à interpréter le geste de son compagnon, avant d'attraper la casserole et une passoire pour s'occuper des pâtes. Il ne dût sa survie qu'à sa bonne étoile qui lui épargna une catastrophe à l'eau bouillante, et il tourna des yeux amusés vers Charles, qui marmonnait il ne savait trop quoi dans sa barbe, apparemment brûlé.

-Je ne suis pas certain que foutre la main dessus soit une idée brillante, hm...
Susurra-t-il avec une malice à peine dissimulée, à mi-voix, tout en passant derrière lui pour mettre leur repas dans les fameuses assiettes.

Il l'écoutait raconter ses impressions quant aux repas, curieux, se demanda si c'était vraiment aussi satisfaisant. Tout au plus, il connaissait ce que cela pouvait bien faire d'inviter quelqu'un à sa table, à la cantine, dans un contexte bien différent. Sans doute que le "cool" qui se perdit quelque part entre deux phrases lui fit un certain effet, car il arqua un sourcil à l'égard de son camarade, l'air de demander si tout tournait toujours rond là-haut, mais il fallait admettre que c'était assez amusant que d'entendre ça dans sa bouche à lui. Lui qui aimait tellement les belles phrases. Tout en continuant de s'activer pour une quelconque raison dans la cuisine, animé d'une frénésie toute relative, il reprit la parole:

-T'as rien raté, de toute façon. Y'a toujours un oncle obscur qui fait des remarques déplacées, tes parents qui t'engueulent, un cousin que t'aimerait voir disparaître... Et des montagnes de nourriture que tu devais terminer toute la semaine. Ou au moins le lendemain, en fait.


Ça aussi, ça devait avoir changé. Il se posa la question, pour une fois, de ce à quoi pouvait bien ressembler sa famille, après tout ce qui était arrivé. À quoi ressemblaient les conversations. Il devait être un sujet tabou, inabordable. Oh bien discutait-on de ce cousin qui avait déraillé. Peut-être même qu'ils utilisaient son nom pour faire peur à des cousins éloignés, trop jeunes pour le connaître. Il n'en saurait jamais rien, à son humble avis. Il avait terminé de mettre la table, leur table sommaire, mais amplement suffisante, et il s'appuya sur l'encadrement de la porte, de nouveau, teinté de paresse.

-Faut croire que tout ce qui veut durer finit par exploser à un moment donné. Peut-être que ça ne te servira à rien, mais au moins tu fais quelque chose. C'est déjà ça. Ça t'occupe
, souffla-t-il, tout en songeant qu'il n'aurait jamais le goût des études, pour sa part : Ça peut encore changer, tout ça. Ça peut être utile, ou non, mais t'en sauras rien jusqu'à y être.

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Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 11 EmptyVen 2 Aoû - 18:31

Toujours occupé à la viande, Charles ne répondit pas à la boutade de son compagnon et retourna une nouvelle fois les brochettes, cette fois armé d'une fourchette pour aider à la manoeuvre.

- Ca va être les meilleures brochettes que t'as jamais goûté. Tu aurais du curry ? demanda-t-il sans attendre une remarque de la part de Kyle.

Les doigts imbibés de graisse, il les porta à sa bouche sans y faire attention et, rendu joyeux par l'alcool, se mit à freudonner tranquillement tout en éteignant le feu. Dans le temps, il avait été un mangeur à l'appétit insatiable, et les grands repas étaient synonymes de réjouissance et d'excitation. Maintenant, c'est à peine s'il s'oblige à avaler une assiette de riz blanc toutes les vingt-quatre heures, peu enclin à faire attention à ce corps qui le lâchait de toute manière déjà bien assez.

- J'aimais bien ça. Après tout, quand j'étais plus jeune, mais je ne m'en souviens plus, Camilla et moi avons dû y passer d'une façon ou d'une autre. Mais c'était il y a longtemps.

Il attrapa la poele et servit dans le service d'assiettes de Kyle deux brochettes dans chaque gamelle. Multipliant les aller-retours, il partit chercher les pâtes désormais froide et s'attabla, assis au bord du canapé-lit en position horizontale et les genoux cognants dans la table basse. Manger l'échine courbée, peu pratique, mais la précarité de l'emménagement apportait un certain charme à l'instant. Parler des études, étrangement, ne lui faisait pas plaisir. Il faisait l'effet d'un élève assidu, en quelques sortes, mais au fond et pour dire la stricte vérité, il en avait marre.

- Ca me les brise un peu, les cours. Parfois, je suis bien plus heureux au piano-bar de la ville. C'est un territoire bien moins hostile que les couloirs de l'université.
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Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]
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