Revenir en haut Aller en bas



AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez
 

 Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]

Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2, 3 ... 9, 10, 11  Suivant
AuteurMessage
One person can make the difference.
Kyle Davis
Messages : 273

Journal perso
Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] EmptyVen 1 Mar - 21:39

Routine. Routine, routine, rien qu'elle, toujours elle, qui s'égrenait autour de lui comme d'autant plus de secondes qui ne voulaient jamais se terminer. Il lui semblait qu'il ne se passait rien, et pourtant il se passait bien des choses. Sur les rives d'un port, sur le sommet des falaises, à la dérive de son travail ou encore par un coup du sort aux abords du campus sur lequel il continuait de se rendre, parfois, quand il n'avait rien de mieux à faire. Malgré cela, un point avait changé dans ces visites impromptues. Il guettait toujours sa sœur, c'était un fait. Il continuait de l'apercevoir au détour d'une allée, ne s'approchait jamais, restait le fantôme effacé derrière un arbre, juché sur une barrière, qui regardait mais n'intervenait pas. Il était spectateur d'une vie qu'il ne pouvait tout à fait réintégrer, mais cela n'était pas nouveau. Ce qui était neuf, en revanche, c'était qu'il avait une toute autre personne à chercher. Il n'y prêta pas attention, en réalité, les minutes heures des premières visites. Son regard sondait, triait, trouvait, sans qu'il n'y prit gare. Ce qu'il cherchait, outre sa jumelle, c'était Charles. Ses yeux remontaient le chemin du dortoir, n'atteignaient leur objectif qu'à de très rares occasions. Il n'était jamais retourné vers lui dans ces conditions. Pour peu, Grenouille aurait cru qu'il l'observait en permanence. Le plus jeune n'était pas prêt à prendre le risque.

Cela ne faisait pas bien longtemps, en réalité, depuis la dernière fois. Cela lui semblait une éternité aussi longue que tout le reste. Il avait veillé, la nuit durant, sur le sommeil de plomb de son compagnon, dans un silence religieux. Ce n'était qu'histoire de tromper l'ennui, avoir ce souffle qui brisait le silence, se disait-il, mais lui-même réalisait que si cela avait été le cas, il n'aurait pas effleuré sa gorge si régulièrement pour voir s'il vivait encore. Il avait disparu aux premières lueurs, néanmoins, emportant avec lui toutes les confessions qu'on lui avait offerte. Il ne s'était pas pointé au travail avant le lendemain. Il avait passé la journée à méditer les actes, méditer les paroles, dans le calme pesant de son studio, une peluche dans les bras, le Parfum ouvert à une page dont il ne se souvenait plus en appui sur le ventre. Il était proche de la plus pure des vérités, il pouvait stopper là cette fascination qui l'avait alimenté. Charles n'était plus qu'une coquille vide d'histoire, sans intérêt.

Mais ces mots n'avaient de sens que pour lui, puisque ses actions les contredisaient en tous points. Car Kyle regardait la devanture du bar avec un air qui, froid et las, couvait cependant quelques autres ressentis. Ce bar. Le fameux bar. Il traîna à l'extérieur bien trente secondes avant d'entrer. La chaleur brûla ses joues après le froid. Il n'eut pas besoin d'attendre longtemps avant que les premières notes ne vinrent résonner à ses oreilles. Du piano. Il ne jeta pas un regard vers l'instrument, se contenta de garder les yeux rivés devant lui alors qu'il allait se jucher sur un tabouret du bar. Il demeura statique, juste le temps d'un souffle, finit par appuyer sa joue contre sa main. Et ses prunelles se remirent à chercher. Elles trouvèrent, cette fois-ci, à quelques mètres à peine. Là-bas, c'était les doigts de Charles qui dansaient sur les touches. Un sourire étira les lèvres du plus jeune, discret, à peine une ombre sur sa joue. Ici et pas ailleurs, le destin se jouait de lui. Ou peut-être, au fond, avait-il eu envie de le voir, et avait inconsciemment cherché à l'endroit où il l'avait trouvé en premier lieu.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Today a reader, tomorrow a leader.
Charles Macaulay
Messages : 273

Journal perso
Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] EmptyVen 1 Mar - 22:01

Lorsque Charles s’était réveillé, au lendemain de sa crise de nerf alcoolisée, il mit un certain laps de temps à reconnaitre l’identité de sa piaule. Les murs blancs trop claires agressaient ses yeux fatigués. La plus mauvaise gueule de bois depuis de longs mois, à vrai dire. Il avait l’impression qu’on essayait de lui fendre le crane en deux. Il ne bougea pas de son lit durant toute la journée, ratant les cours et s’en fichant éperduemment. Au moindre mouvement son estomac menaçait de se déverser sur les draps par le mauvais trou.

Il mit deux jours à s’en remettre. À trainer ainsi dans le froid il avait chopé la crève en plus de son horrible gueule de bois. Il se souvenait très vaguement de la fin de la soirée et était bien incapable de ressortir les détails qu’il avait offert à Kyle dans son délire alcoolisé. Il savait qu’il en avait trop dit, qu’il avait tout avoué, et pour être tout à fait honnête il passa les journées suivantes à guetter l’arrivée de la police. Il n’aurait pas été surpris si les choses s’étaient déroulées de cette manière.

Néanmoins, rien de tel ne se passa. Aussi fut-il surpris lorsque le téléphone sonna, environ une semaine après les événements, et qu’il identifia son vieil ami Richard au bout du fil. Il l’avait rejoint en ville pour aller boire un verre, verre qui s’était transformé en un bon nombre de verres et qui s’éternisa sur la longueur. Richard avait insisté pour l’entendre jouer. Il était déjà pas mal séché par le Bourbon, mais il était encore parfaitement capable de lui offrir quelques mesures de Scarlatty qu’il avait en tête. À la fin du morceau, Charles récupéra son verre qu’il avait posé sur le tabouret de piano et se tourna évasivement vers la sortie, scrutant la foule pour se donner une contenance. Ce fut à cet instant qu’il vit Kyle parmi tant d’autres, et il fut si surpris qu’il manqua de s’étouffer avec son verre.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
One person can make the difference.
Kyle Davis
Messages : 273

Journal perso
Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] EmptyVen 1 Mar - 22:18


Ainsi calé sur la hauteur de son tabouret, il ne dominait pas à proprement parler la salle, mais il avait tout le loisir d'observer les gens. Il s'efforça de le faire dans un premier temps, pour le seul plaisir de constater que la femme du fond de pièce était déjà trop alcoolisée, et que la serveuse avait remballé, depuis, tout son balcon débordant vers d'autres lieux plus appropriés que le comptoir. Il ne chercha pas à reconnaître la mélodie, d'autant qu'il n'y connaissait rien, mais se laissa porter sagement par les notes. Ce n'était pas le même ressenti que la fois dernière, sur ce piano aux sons synthétiques, dans la chambre inondée par leurs chaussures pleines de neige. Le son était plus beau, l'impression l'était moins, et il se surprit à préférer à ce bel instrument le minuscule simulacre qui trônait devant le lit. Il ne détourna le regard que pour commander un whisky, à croire que l'eau lui allait bien cinq minutes, ou qu'il avait besoin de quelque chose de plus fort pour une quelconque raison. La première gorgée lui brûla le palais et la gorge, la seconde moins, et il se retrouva à siroter la boisson avec une application notable. Son verre n'était même pas à demi-vide lorsque les dernières notes se firent entendre. Il ne bougea pas de son perchoir. Au lieu de quoi, il observa comme un voyeur, encore, toujours, et avec un intérêt notable, ces gestes simples qu'avaient Charles. Récupérer son verre, se tourner, et Kyle l'avait vu assez longtemps sobre pour constater qu'il était déjà bien dans le bain.

Il ne sut pas si cela lui plu, mais du moins il n'en changea pas d'expression. Grenouille en revanche, lui, lui afficha un visage des plus comiques. Il l'avait vu. C'était ça. Le plus jeune ne broncha pas, se gorgea de cette surprise qu'il lisait sur ses traits, et il but une nouvelle fois, soigneux, sans le quitter des yeux. Allons bon, quel était donc cet étonnement... À croire qu'il avait vu une apparition. Ça y ressemblait, peut-être. Il n'en savait rien. Toujours est-il qu'il se laissa glisser au sol, après un temps de flottement, le verre vide abandonné derrière lui. Il se rapprocha, mains dans les poches, d'un pas aussi souple et assuré qu'à l'accoutumée, et son regard balaya rapidement son camarade comme pour s'assurer qu'il était encore entier. Il en avait l'air. Plus ou moins. L'extérieur était intact, mais qu'en était-il du mental, c'était une autre affaire.

-Heureusement que tu n'es pas cardiaque, j'ai cru te voir mourir sous mes yeux... Je te fais si peur que ça, Charles?

Il s'était planté non loin, car les frontières s'étaient replacées quelque peu. Cela avait été ainsi les deux dernières fois également. La distance, tout d'abord, les prénoms, le cynisme, qui découlaient peu à peu vers tout autre chose. Il n'y avait pas de raison de changer la formule. Pas de raison apparente, du moins, car il n'avait pas encore connaissance du visiteur, et n'y prêtait pas grande attention non plus.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Today a reader, tomorrow a leader.
Charles Macaulay
Messages : 273

Journal perso
Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] EmptyMer 6 Mar - 18:20

Le bar était vraiment un environnement peu propice à la conversation, Charles s'en rendait compte. Mais hier soir il se sentait déprimé, majoritairement à l'idée de revoir son vieil ami, et leurs pas les avaient presque guidé contre leur gré dans cet établissement. Après tout, le patron ne lui avait pas laissé la soirée de libre, et Richard était du genre patient, alors il joua ses deux heures quotidiennes avant de retourner son attention sur son ancien camarade de grec. Cependant, s'il fut si surpris de voir débarquer Kyle dans cet endroit si peu opportun, c'était surtout parce que... Eh bien, il connaissait toute l'histoire, maintenant. Charles sera bien obligé de lui présenter, Kyle identifiera qui il est et aura tout le loisir de l'enterrer six pieds sous terre s'il en ressentait l'envie.

Charles ne raisonnait pas vraiment comme une personne sensée, soit, mais il n'avait jamais dit qu'il en était une. Au grand jamais. Il se ressaisit, alors que Richard se levait aussi d'un même geste, l'air un peu inquiet, Charles, y'a un problème ? Il n'y avait pas d'échange d'une poignée de main entre les deux jeunes hommes ; non, c'était bien trop grossier pour eux. Ils se dévisagèrent, Kyle avec son demi-sourire amusé, Charles avec sa gène intergalactique.

- J'ai été surpris. Je m'attends pas vraiment à te voir trainer dans un endroit comme celui-là, mais ça fait quand même deux fois qu'on s'y croise.

Richard suivait avec intérêt leur conversation et s'approcha, derrière Charles et un peu décalé vers la droite, comme un petit ange sur l'épaule. Charles ne pensait plus qu'à peine à la présence de Richard, le pauvre bougre.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
One person can make the difference.
Kyle Davis
Messages : 273

Journal perso
Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] EmptyMer 6 Mar - 20:02

Le poids du secret n'était pas si lourd à porter, ni même si difficile à garder pour soi aux yeux du plus jeune. Il avait déjà le sien, qui n'en était pas un aux yeux du monde, et celui de Charles trouvait une place privilégié dans les histoires qui couvaient une certaine importance. Il n'y accordait pas davantage d'attention qu'au reste, mais, relié au personnage en lui-même, ce fardeau avait une toute autre saveur. Après tout, Kyle connaissait quelque chose que peu partageaient. L'idée était déjà enjôleuse, mais l'idée que ce fut cet aveu là en particulier, de cette personne en particulier, c'était tout autre chose. Alors que ses yeux détaillaient, durant quelques secondes, le visage de son aîné, il capta plus qu'il ne vit un mouvement sur le côté, mais il fallut quelques instants supplémentaires à ses yeux pour quitter cette vision connue des yeux d'acier qu'il scrutait.

Il y avait un autre homme. Il ne l'avait jamais vu, pas même croisé, aussi cela lui fit-il pencher la tête de côté avec une lenteur alarmante, à croire qu'il calculait déjà bien des misères à son égard. Il n'aurait su lui donner un âge, pas plus qu'à l'accoutumée, et de la même manière qu'il sondait Charles à chaque fois qu'il le voyait, ses prunelles glacées vrillèrent l'inconnu avec un désintérêt flagrant. Comme il ne s'éloignait pas, Kyle en déduisit qu'il connaissait son ami. Qui était-il, dans ce cas, était une toute autre question. Il finit par reporter son attention sur son Grenouille, qui reprenait la parole, et qui semblait à mille lieux de l'aisance, ce qui manqua de lui arracher un rire cynique:

-Quelle coïncidence, n'est-ce pas? On croirait presque que je suis venu te chercher. Coup du sort. Et pourtant la foudre ne frappe jamais deux fois au même endroit...
lâcha-t-il de son habituel ton monocorde, à peine couvert par les bruits de fond du bar malgré le fait qu'il ne haussait pas la voix.

De nouveau, ses yeux se déportèrent avec lenteur, scrutèrent cet homme derrière l'épaule de son aîné, bien trop fixement pour que cela soit tout à fait anodin. Il avait toujours son ombre de sourire figé, le maintien d'un empereur nonchalant, et sa main venait de trouver son bras sous sa manche, dans un geste inconscient. Il n'allait pas poser la question. Il n'allait pas s'abaisser à demander qui était ce pauvre bougre auquel on ne parlait plus depuis quelques secondes. Et il se demandait, au fond, s'il était lui aussi une part du fardeau qui les liait tous. À croire que le venin brûlait sa langue, il reprit la parole, sans pour autant qu'un mot ne s'élevât au dessus de l'autre.

-Mes condoléances à tes vœux de sobriété, je vois qu'ils ont fini au même endroit que ta candeur.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Today a reader, tomorrow a leader.
Charles Macaulay
Messages : 273

Journal perso
Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] EmptyJeu 7 Mar - 8:46

Oui, c'était bien Kyle et ses phrases évasives au joli anglais fleuri, qui se tenait devant lui. Malgré sa gène qui ne s'expliquait que par son silence religieux après son dérapage alcoolisé en sa compagnie, il était plutôt content de le voir, mais il ne se l'avouait pas. Il dissimulait avec peu de talent un sourire qui s'élargissait de seconde en seconde, en l'entendant parler. Oui, il lui avait manqué. Combien de temps depuis leur dernière rencontre ? Quelques jours, pas plus.

- Faut croire qu'on est fait pour se rencontrer.

Richard n'était pas gêné, lui. Il avait pas mal bu aussi et l'alcool le rendait sérieux. De plus, les réponses froides de Kyle ne l'impressionnaient pas, du moins pas plus que Charles n'était impressionné par Kyle. Tous deux avaient vécu assez longtemps avec Henry pour avoir une plutôt bonne expérience avec les discours glacés et dépourvu de toute émotion de leur ami. Kyle était de la même tempe, alors ils avaient l'habitude. C'était sans surprise que d'autres, n'ayant jamais croisé un gars comme Henry de leur vie, étaient terriblement impressionnés et gênés devant lui. Il en allait de même avec Kyle.

Néanmoins, Charles fut piqué par la remarque de Kyle. Sa sobriété fraichement brisée avait encore le parfum de l'échec dans ses narines. Il se trémoussa d'un pied sur l'autre et lui lança un regard meurtrier, porté par l'alcool et la colère. Mais il n'était pas vraiment en colère contre Kyle. Il était en colère contre lui-même et il fallait que ça sorte.

- Mes voeux de sobriété t'emmerdent, Kyle.

Malgré toute l'animosité qu'il avait placé dans sa réponse, c'était plus une boutade aigre qu'autre chose. Il se frotta le cou d'une main peu assurée. Non, ils n'allaient pas se battre. Enfin, il ne pensait pas. Il aimait un peu trop Kyle pour lui balancer son poing dans la figure. Il se retourna et s'empressa de passer à autre chose.

- Je te présente Richard. Je suppose que tu te souviens de lui.

Richard eut une moue surprise. On lui avait parlé de lui ? Charles n'avait pas encore trouvé le courage de lui dire qu'il avait trahi leur secret.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
One person can make the difference.
Kyle Davis
Messages : 273

Journal perso
Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] EmptyJeu 7 Mar - 13:51

Ce sourire qui commençait à naître sur les lèvres de Charles était des plus charmants, et il s'en sentit étrangement satisfait. C'était plus agréable que la surprise, en réalité, plus encore que de l'observer de loin comme un fauve en chasse. Quelques jours, et il lui avait déjà semblé que tout était fade. Chaque rencontre avec son aîné se soldait par des nuits blanches, mais il fallait croire que c'était là l'ordre qu'ils avaient établi. Restait à savoir combien de temps il demeurerait. Il cilla, légèrement, à sa phrase, dû à son tour retenir une certaine joie douce, et demeura de glace. Ils étaient faits pour se rencontrer, et se croiser, se recroiser, à n'en plus pouvoir. C'était une bien belle idée.

Elle lui fit regretter, ou presque, car Kyle ne regrettait jamais rien, d'avoir ainsi attaqué gratuitement sous le seul coup de l'envie. Le regard de tueur auquel il eut droit ne le fit pas réagir le moins du monde, mais il sembla manquer un souffle, comme s'il ressassait ses mots pour en peser une seconde fois le sens et se rendre compte de son dérapage. Mais non, il n'allait pas s'en excuser, d'autant que son camarade avait la langue bien pendue, et qu'il ne risquait pas de se braquer à jamais pour ces simples mots trop audacieux. Si le plus jeune haussa les épaules, l'air de dire que la phrase de son compagnon lui passait au-dessus, il n'en fut pas moins attentif, calculateur, pour déceler le timbre et l'intention derrière l'insulte. Il ne s'était pas pris de droite, c'était déjà un bon indicateur. Il revoyait encore son aîné, après une bouteille, qui tentait de lui en mettre une. Bon, il fallait l'avouer, Kyle l'avait cherché.

Il ne s'appesantit pas davantage sur ce sujet, puisque déjà le pianiste se retournait. Mais si cela n'avait été le cas, il n'aurait pas laissé traîner d'autres mots sournois. Pas tout de suite. Et déjà, il rassasiait sa curiosité en présentant l'autre homme qui demeurait à ses côtés. Richard. Le mot résonna dans son esprit comme un carillon. Richard, un Richard, le fameux Richard sans doute. Il ne put, cette fois, retenir le sourire en coin qui fendait ses lèvres, et une lueur mutine s'alluma dans ses prunelles. Il le savait, lui aussi, qu'il avait la main sur les événements. Pression, chantage, secrets à exploiter. Mais il s'abreuvait de la sensation sans jamais en tirer avantage. C'était plus la possibilité d'action que l'action en elle même qui le satisfaisait.

-Richard... Oui, je m'en souviens. Je me doutais bien qu'il ne pouvait pas être Henry...
Souffla-t-il à mi-voix avec un amusement léger: Enchanté. J'imagine. Qu'est-ce qu'il fait dans cette ville perdue, lui aussi? Encore la migration des âmes brisées qui a frappé?

Tout en parlant, c'était l'inconnu qu'il fixait, sans plus ciller, avec son impertinence qui n'était plus à prouver, et toute la verve agressive qu'il était pourtant capable d'apaiser. Il ne savait pas ce qu'il lui prenait, et ne cherchait pas à s'y opposer. C'était amusant. Le même exercice que le premier soir, frapper au hasard jusqu'à trouver la corde sensible, et la faire ensuite vibrer jusqu'à ce qu'elle cède. Ce n'était plus Charles, qui était visé. Pas tout à fait, du moins.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Today a reader, tomorrow a leader.
Charles Macaulay
Messages : 273

Journal perso
Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] EmptyJeu 7 Mar - 17:38

Si Kyle ne releva pas l'agression directe de Charles, ce dernier en fut bien contenté. Richard, visiblement mal à l'aise qu'on ai parlé de lui à un tiers, se trémoussa d'une jambe sur l'autre. S'il s'était seulement douté... Il en aurait rendu son dîner. Quoi, et ce type connaissait en plus Henry ? C'en était trop pour qu'il garde sa surprise pour lui. Il s'appuya sur une jambe et attrapa le bras de Charles.

- Henry ? Attends, pardon mais qui es-tu ?

Il y eut un petit silence significatif. Charles pouvait voir Richard se liquéfier. Il murmura comme pour lui-même. "Merde, qu'est-ce que t'as fait, Charles, mais qu'est-ce que t'as fait ?" Mais Charles n'y prêtait pas attention. Il sortit une clope de sa poche et en offrit une à Kyle. Richard, lui, ne fumait pas. Charles voyait le moment où la vérité éclaterait très proche. Etrangement, il ne se sentait pas si tendu que cela. Voir Kyle lui faisait plaisir.

- On a eu... Un petit contre-temps. Vous voulez pas qu'on aille discuter dehors ? Il y a trop de bruit, ici.

Il n'était pas sûr qu'"âme brisée" soit la meilleure paraphrase pour parler de Richard. Néanmoins, il invita les deux autres jeunes hommes à sortir du bar. Charles prit tout juste le temps de récupérer son verre. Lui pouvait sortir avec, le patron le connaissait et s'en foutait bien. Richard suivit avec son propre verre, et essuya un mauvais regard du type à l'entrée. Sûr qu'on ne pouvait pas se méprendre sur son identité. Plus petit que Henri, plus fin, et tout simplement plus noir de peau.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
One person can make the difference.
Kyle Davis
Messages : 273

Journal perso
Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] EmptyJeu 7 Mar - 19:27

Il savoura chaque seconde du malaise qui se propageait dans l'autre homme, qu'il contemplait avec autant d'intensité que s'il avait soudain voulu l'abattre. Cela l'amusait, comme toujours, et c'était lisible sur ses traits d'archange, tandis que par mimique il reportait lui aussi son poids sur une unique jambe. Ses yeux se désintéressèrent du spectacle pour caresser le visage de Charles, qui s'était fait empoigné, et il ne pouvait que se complaire dans le spectacle des réactions en chaîne qu'il déclenchait. La surprise de Richard, sa gêne, le doute et l'angoisse peut être, couplés au calme paradoxal de son Grenouille qui n'avait soudain plus aucune envie de faire une crise de panique en songeant à ses aveux.

-Kyle, comme tu as dû l'entendre, mon cher Richard... C'est pour l'heure tout ce que tu pourras savoir
, répondit-il d'un ton évasif, détaché, et il attrapa la cigarette que lui tendait son ami avec un discret sourire presque affectueux: Quant à ce qu'à fait Charles, en effet, on serait mieux dehors pour en discuter. Ou enterrer le sujet.

Encore ses jeux, ses mots choisis avec une cruelle malice, et ses yeux eurent un éclat moqueur alors qu'il se détournait pour emboîter le pas à Charles. Il se glissa avec souplesse à ses côtés, un peu en retrait, et rompit la distance qu'il avait cultivée jusque là pour se couler à sa place, cette place qu'il s'était faite quelques jours plus tôt. Une main au fond d'une poche, clope allumée entre les doigts de l'autre, et leurs épaules qui auraient pu se frôler à la n'importe quelle seconde, il lâcha un souffle satisfait lorsque l'air frais lui parvint de nouveau. C'était un passage éclair, dans ce bar, mais il avait trouvé ce qu'il voulait. Aucune raison d'y rester. Il coula néanmoins un regard froid, en biais, à leur accompagnateur du jour, qu'il jaugea de nouveau de bas en haut. Charles et lui avaient l'air proche, mais le plus jeune en venait à se demander à quel point. Il lui vint l'envie puérile d'attraper son Grenouille pour fuir en courant avec. Exactement comme un gamin qui aurait découvert son tout nouveau jouet convoité par quelqu'un d'autre. C'était la meilleure comparaison, puisqu'il n'avait pas passé, au fond, le palier de l'adolescence de façon classique. Pulsion, instincts, et tant de choses qu'il ne maîtrisait pas. Mais au lieu de s'abaisser à ça, il fumait, scrutait, et jugeait en silence.

-Si c'est toi qui me l'as refait boire, tu vas pas passer la nuit,
lâcha-t-il de but en blanc, avec son sérieux mortel habituel, à l'adresse de ce rival tout juste choisi pour l'occasion.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Today a reader, tomorrow a leader.
Charles Macaulay
Messages : 273

Journal perso
Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] EmptyVen 8 Mar - 19:01

Ca y est, Richard allait pas tarder à paniquer. Charles le lisait sur son visage. Ce n'était pas un moment agréable à passer pour lui, clairement. Charles en fut désolé. Il aimait beaucoup Richard et il connaissait assez Kyle pour savoir qu'il allait faire passer la pilule avec beaucoup d'aigreur. C'était, finalement, un maître en la matière. Kyle avait l'air de s'en donner à coeur joie. Charles n'était plus étonné.

Ils sortirent du bar à pas lents (Charles marchait encore terriblement droit, mais il n'avait pas pour but de rester debout toute la soirée), un peu en marche arrière. Dehors, il ne faisait pas si froid que ce à quoi ils auraient pu s'attendre. Charles s'adossa contre le mur sale et alluma sa cigarette avec les allumettes trouvées dans sa poche de manteau. Un peu humides, mais elles s'embrasèrent avec brio. Il cracha un nuage de fumée vers le ciel et observa rapidement les étoiles. Ici, en ville, on n'en voyait guère.

- T'en fais pas, a-t-il dit à Richard sans même le regarder.

Il le connaissait assez bien pour savoir qu'il allait en être malade. Mais ce soir il se sentait complètement détaché. Depuis cette fameuse nuit, en fait. L'alcool l'anesthésiait bien. Il réfléchit à comment aborder la chose. Mieux vallait mettre les pieds dans le plat, parfois. Ce qu'il fit. Il mit sa main sur l'épaule de son vieil ami.

- J'ai un peu merdé, Richard. Je lui ai tout raconté. Il sait tout.

Richard resta interdit. Si c'était la chose qu'il redoutait, il était servi. Charles jeta un coup d'oeil à Richard. Il se délectait, le salaud. Presque s'il ronronnait pas de plaisir. Il résista à l'envie de lui envoyer son pied dans le tibiat. Il se contenta de fumer en silence. Richard paniquait, c'était à prévoir.

- Quoi... Quoi ? Comment ça, tout ? T'as perdu l'esprit ?

- Hurle pas.

- Je hurle pas. Tu le connais d'où, ce type ? Tu veux finir en taule ? T'es complètement malade ou quoi ?

Il glissa un regard à Kyle. Sa remarque sur la consommation de Charles passa inaperçue. Tu parles, Richard était bien trop occupé à s'arracher les cheveux.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] Empty

Revenir en haut Aller en bas
 
Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]
Revenir en haut 
Page 1 sur 11Aller à la page : 1, 2, 3 ... 9, 10, 11  Suivant
 Sujets similaires
-
» Mila △ Je veux bien être reine mais pas l'ombre du roi [VALIDEE]
» J'veux bien qu'on soit potes, ouais~ [Takao Kazunari - Liens]
» Tu veux bien me pardonner ... ? [PV Arya]
» Je veux bien te laisser le canapé. [PV Sanzo]
» Je veux le beurre, l'argent du beurre et la crémière!!

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Life is Strange :: ARCADIA BAY :: Ville-
Sauter vers: