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 Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]

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Kyle Davis
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Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 2 EmptyVen 8 Mar - 19:41

Dire qu’il se délectait de chaque petite seconde de panique qui teintait le visage de l’intrus n’était qu’un euphémisme. Il savourait la plus petite variation d’expression qu’il détectait, avec un plaisir mal placé, le regard de biais. Il demeurait aux côtés de Charles sans plus trop s’en éloigner désormais qu’il avait retrouvé son poste, jaugeait Richard, l’air de se demander si quelqu’un comme lui était capable de tenir le choc. Sans doute. Sinon il ne serait plus là pour le vivre. Tête inclinée, à moins d’un mètre de son ami qui fumait appuyé au mur, il laissait aller et venir ses yeux clairs de l’un à l’autre avec l’impatience infantile de quelqu’un qui attend la discorde pour simplement s’en amuser. Il ne cherchait même pas à le cacher. Grenouille commençait à le connaître, suffisamment pour le savoir retord sur ces situations, ces thèmes. Il n’avait pas à en rougir, et quand bien même ce fut le cas, il ne l’aurait pas fait. Alors même que la bombe explosait, il ne broncha pas, ne quitta pas son expression mutine, admira la surprise choquée qui se peignait sur le visage de ce Richard. Un peu merdé ? Sacrément, mon cher Charles, avait-il envie de dire dans un rire, mais après tout ce n’était pas la vérité. Car Kyle n’irait pas jusqu’à dire ça. Il ne considérait pas ce geste comme une vaste erreur, mais c’était sûrement parce qu’il l’avait provoqué et voulu. Il prit son temps, laissa planer son silence, et en effet on aurait cru l’entendre ronronner les mots qu’il consentit à prononcer :

-Oh, il n’a pas perdu l’esprit, tout au plus son secret… Mais il ne finira pas en taule,
susurra-t-il d’un ton de miel, l’air songeur, avant d’ajouter : A priori.

Il eut un rire, bref, amusé par cette panique qui naissait juste à cause de lui, et un peu de Charles il fallait l’admettre. Néanmoins, il continua à frotter son bras, à croire qu’il était nerveux ou du moins assez agité pour que le réflexe revienne, et il haussa les épaules d’un geste las. Comme si la conversation l’ennuyait, ou du moins qu’il ne jugeait pas utile d’élever ainsi le ton. Il s’écarta à peine de son camarade, fit quelque pas, attentif, surveillait Richard du coin de l’œil. Il ne le connaissait pas. Et si son ami n’avait pas le poing qui partait aisément, qui disait que c’était le cas de celui-ci ? Il était autrement plus imposant, qui plus est.

-Aucun intérêt à balancer une histoire pareille. Et jusqu’à preuve du contraire, Charles est assez grand pour choisir seul à qui il raconte ses petites histoires tragiques,
ajouta-t-il, roulant des yeux, et il lâcha un soupir profond accompagné de fumée blanche.
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Charles Macaulay
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Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 2 EmptyVen 8 Mar - 19:53

Oh, Richard n'était pas du genre à balancer son poing dans la figure de quiconque. Du point de vue de Charles, il était même le plus réservé de la troupe. Ne parlait jamais de lui, restait assez passif et indifférent à tout ce qui se passait. Et surtout, ne posait pas de question déplacées. Charles avait beaucoup d'affection pour lui. Et surtout, Richard savait parfaitement gérer Charles lorsqu'il était saoul. Un maître en la matière. Il se rappelait de la fois où il avait dormi dans ce stupide escargot en plastique du jardin d'enfant, ivre mort et malade. Il lui avait prêté son lit. Oui, définitivement, il aimait bien Richard.

Néanmoins, ce dernier arrivait toujours à la surprendre. Aussi il n'en crut pas ses yeux alors que son ami faisait quelques pas nerveux dans la neige, rangea sagement ses mains dans ses poches et dit d'une voix claire :

- Très bien. Je te fais confiance, Charles.

Pas de poing dans la gueule de qui que ce soit. Le jeune homme était agréablement surpris par le calme polaire qu'affichait désormais Richard. Il avait mûri pendant ces longs mois sans le voir. Il écoutait les dires de Kyle avec grande attention. Il hocha la tête.

- Oui, tu as raison. Désolé, j’ai été surpris, voilà tout. Après tout, Charles est majeur, il fait ce que bon lui semble.

Mais le regard noir qu’il lui lança en disait long sur ce qu’il pensait vraiment. Il but une gorgée de son verre et se tourna à nouveau vers Charles.

- Tu lui as dit pour la lettre, alors ?
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Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 2 EmptyVen 8 Mar - 21:20


Il ne sut dire s’il était déçu ou non, finalement, de ne pas avoir droit à une petite embardée sur le terrain de la bagarre. Voilà des mois que ce n’était pas arrivé. Sans lui manquer, cela lui semblait toutefois étrange de parvenir à toujours s’en tirer sans envoyer le poing. C’était très différent de ce qu’il avait vécu avant. La plus proche expérience de dispute animée avait été l’autre soir, et son adversaire ivre mort écroulé au sol n’était même pas digne d’en porter le nom. Le calme de Richard le frustrait, mais il n’en laissait rien paraître, et il lui offrit un sourire de façade qui ne cherchait pas à être, lui non plus, très convaincant. Il pencha la tête, innocence feinte, à croire que la fin paisible de cette conversation le contentait. Dommage, ce serait pour une autre fois, avec une autre personne.

-Comme c’est aimable à toi de lui accorder ta bénédiction…
Railla-t-il à mi-voix, et il coula un regard sur Charles, la cigarette entre ses doigts, et son allure à mi-chemin entre la sobriété et la roulade dans le caniveau.

Il n’eut pas le loisir de s’appesantir sur l’absence flagrante de réaction de sa proie fraichement désignée, car une nouvelle bribe d’information lui flatta l’esprit. Une lettre. Il avait en tête l’appel de Camilla, les histoires de police, mais la lettre… Il n’avait pas pu laisser filer ça, tout de même ? A quel moment, peut-être lors de son récit long et éprouvant, de ses aveux ? Ses yeux luisaient d’intérêt. Ils passèrent sur Richard sans vraiment le voir, se rivèrent droit sur Charles, auprès duquel il était retourné sitôt éloigné. Interrogation silencieuse, toujours par le visuel, comme ils commençaient à si bien le faire. Il ne dit rien qui put trahir son ressenti, conserva son flegme et son calme, n’offrit à l’intrus que son indifférence face au regard noir qu’il lui avait envoyé. Kyle l’en avait oublié, dans la manœuvre, toute son attention focalisée sur son compagnon. Tout comme ce dernier ne voulait pas apprendre ses erreurs, son histoire au travers de la presse, le plus jeune du trio n’avait pas envie d’entendre quoi que ce fût de la bouche d’un autre. La parole de son Grenouille était d’argent.

-Une lettre, hm… ?


Sa voix reprit son inflexion imperturbable, mais sur une note plus douce, sans doute, que celle qu’il avait employée pour assaillir Richard -qui n’échapperait pas à cela, toutefois, même s’il avait laissé tomber pour l’heure. Il vola la cigarette de son ami d'un geste tout naturel, la porta à ses propres lèvres avec un air placide, mais la défiance était sans doute bien claire considérant le fait qu'il avait la sienne dans sa main libre. Il s'amusait. Comme toujours, comme à chaque fois, et même Charles n'y échappait pas. Surtout pas lui, finalement.
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MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 2 EmptyLun 11 Mar - 10:16

Richard ne releva pas le piquant de la réponse de Kyle. Comme Charles l’avait deviné, il réagissait comme on l’attendait de lui : avec calme, la tête froide. S’il avait failli sombrer dans la panique, le calme relatif de Charles lui avait donné la marche à suivre. Bien que Charles fut certain que Richard pataugeait complètement dans le flou quand au personnage de Kyle, il s’en sortait à merveille.

- Oh, mais de rien, répondit-il en hochant la tête comme en miroir avec Kyle, le petit sourire en moins.

Charles se mit à agiter les bras dans un mouvement circulaire pour balancer sa clope dans le caniveau. Il était assez ivre pour dire des conneries, pas assez pour ne pas se rendre compte de sa gaucherie. Oui, une lettre. Peut-être que la rue devant un bar n’était pas le meilleur endroit pour en parler, en tout cas c’est pourtant ce qu’ils firent sans se poser trop de questions. Charles soutint le regard de son ami, toujours adossé à la façade sans un mouvement de plus. Richard, il l’avait vu pour détendu. Il regardait alternativement Charles et Kyle dans un mouvement de tête tendu. L’histoire de la lettre était trop complexe et trop longue à raconter. Charles était fatigué.

- Ouais, une lettre, dit Charles, abandonnant son joli parler pour des phrases plus incisives et nécessitant moins de concentration. Une lettre de Henry, pour être précis. On est dans une merde noire, pour tout te dire. La police a relancé l’enquête à cause de Bunny. C’est... Ouais, c’est la merde.

Et encore, c’était peu dire.
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MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 2 EmptyLun 11 Mar - 19:04


Si le fameux Richard, toujours lui, semblait ne jamais trop cesser de faire la navette entre Charles et Kyle, ce dernier gardait désormais ses yeux rivés sur son camarade, qu’il scrutait avec l’intérêt teinté de convoitise qu’il avait pu avoir lors des aveux. Qu’en avait-il à faire, de cet inconnu, alors que son ami entreprenait de larges moulinets des bras avant de sembler retomber dans le stoïcisme le plus extrême ? Pas grand-chose. Son attention focalisée, il n’en ressentait pas moins une frustration terrible qui grondait dans sa poitrine, irrité par ce regard nerveux qu’il sentait sur son échine et qui, étranger aux derniers échanges, lui donnait des envies de lui en mettre une pour le seul plaisir de faire arrêter ça. Le contact visuel désormais familier avec son aîné était la seule chose qui le confortait dans l’idée qu’il faisait mieux de contenir son impatience et écouter. Lui qui jouait habilement, dans la longueur, se retrouvait aujourd’hui plus impulsif, plus enclin à montrer les crocs qu’à laisser filer les choses pour mieux les tisser ensuite, et cela lui déplaisait. Une personne, une seule, c’était assez aisé à cerner, même si Charles lui donnait encore du fil à retordre, deux, c’était plus compliqué, d’autant plus que sa concentration n’était happée que par son ami. Il pencha légèrement la tête, reprit ce frottement intempestif sur son poignet, songeur. Il n’y avait pas de belles phrases, mais qu’en avait-il à faire, encore une fois. Il préférait la vérité brute et nue qui ne masquait pas, par bien des artifices, ce à quoi il voulait avoir accès.

-Je saisis bien que ce soit la merde, mais en quoi une simple lettre a pu relancer toute la machine… ?
Souffla-t-il d’un ton rauque, perplexe, mais il ne coula pas une œillade à l’inconnu pour déceler chez lui une bribe de réponse.

Il resta muet un instant, sur cette phrase en suspens, fit claquer sa langue contre son palais dans un tic d’agacement typique. Il reporta son poids sur son autre jambe, détailla la fatigue de son camarade accentuée par la boisson, non pas dans ces cernes qui ornaient sont visage en permanence, mais davantage dans son maintien. Il ne souriait plus, pas vraiment, mais le rictus restait figé sur ses lèvres.

-Il y avait quelque chose. D’écrit, de sous-entendu, de montré là-dedans qui a attiré l’attention, mais pourquoi maintenant ?
Demanda-t-il sans jamais changer de timbre, même si la tension, l’expectative grimpaient : T’es jamais tranquille, Grenouille, hm ? Ta tante, ta sœur, la lettre, à croire que tu portes la poisse sur tes épaules.
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MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 2 EmptyLun 11 Mar - 19:17

Charles ne pensait pas, malgré ses dires, que Kyle saisissait entièrement la galère dans laquelle ils s’étaient mises. Le plus âgé s’empêtrait, se contradisait, en bref il n’offrait pas un exemple de stabilité à ses deux amis, mais il avait du mal à mieux faire. En effet, depuis que Kyle avait quitté sa chambre après ses conneries alcoolisées, il était retombé dans la bonne vieille picole et la paranoïa à outrance. C’était si facile de se laisser glisser sur cette pente savonneuse, qu’on avait arpenté tant de fois qu’elle en devenait familière. Il remua ses mains, agité, tout en gardant une apparence trompeuse de calme en toc.

- C’est une histoire compliquée, Kyle. (Il avait l’air étrangement las, à moins que ce ne fut l’éclat de ses yeux.) Henry écrit dans cette lettre un signal d’alarme. Si on a reçu cette lettre, c’est que Henry considérait que notre secret était en danger. Bunny avait mis en place plus de choses qu’on ne se l’imaginait juste avant sa mort. Alors, pourquoi est-ce si étonnant, au final ? Il avait bien écrit une lettre à Julian. Une lettre complètement paranoïaque, à peine compréhensible, mais ça l’a bien mis au courant.

Richard prit la relève en voyant que Charels pataugeait dans ses explications. De nouveau cette main tranquille sur son bras.

- Ce qu’il veut dire, c’est que Bunny a réussi à mettre au courant une tiers personne. On ne sait pas qui c’est, mais pour le peu qu’on sache on pourrait facilement se retrouver avec la police aux fesses en à peine quelques heures.

Charles hocha la tête. La poisse, ça oui, il la portait. Ce n’était pas nouveau. Il remua son verre dans un petit mouvement circulaire et le termina d’un coup, rejetant la tête en arrière.

- Nous hésitons à quitter le pays, dit-il brusquement.
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Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 2 EmptyLun 11 Mar - 21:20



En effet, il ne saisissait peut-être pas tout ce que la situation impliquait. Lui avait été prisonnier, et ne voyait pas tout cela du même angle, mais il pouvait comprendre en revanche que l'angoisse devait habiter son camarade plus que jamais. Il le regardait s'agiter avec une mine pensive, ne fit pas mine de l'en empêcher. Si Charles conservait un visage qui au premier abord était d'un calme exemplaire, le plus jeune commençait à suffisamment le connaître pour voir ces mains qui bougeaient, se mettraient à trembler si cela continuait ainsi. Qui pensait-il tromper avec sa façade placide? Pas Kyle. Pas Richard non plus, sans doute, mais cela il s'en souciait peu.
L'histoire était compliquée. Euphémisme. Elle partait tellement dans tous les sens que s'il n'avait avec soin médite chaque parole quelques jours auparavant, il aurait laissé couler l'affaire tout de suite. Un fouillis de noms, d'événements, qui s'enchaînaient, se recoupaient, mais ne prenaient jamais fin. Il grogna, légèrement, par dépit, ou juste parce qu'il scrutait la façon qu'avait Richard de poser sa main contre le bras de son camarade. Il détourna le visage pour fixer la rue à la place, trépigna un instant sur place alors qu'il finissait par croiser les bras sur sa poitrine dans un soupir las.

-Combien de temps depuis la lettre? S'ils voulaient vraiment vous retrouver ils l'auraient déjà fait. Ce n'est pas si dur. C'est même plutôt aisé, à mon avis,
railla-t-il à mi-voix, admirant les lampadaires avec un intérêt feint: Puis cette ville. Cette ville est étrange. Des gens disparaissent, ils ont d'autres chats à fouetter pour l'heure.

Il revoyait les prospectus sur la plage, le visage de ce gars qu'il avait croisé une unique fois, volatilisé. Les affiches dans Blackwell, aussi. Pourquoi une histoire tirée des abysses du passé de Charles irait prendre de l'ampleur ici? Ou alors, au contraire, Arcadia Bay s'amuserait à l'amplifier, encore et encore. Il n'aimait pas cette idée. Pris comme il l'était dans sa réflexion, il fut pris de court par la soudaine déclaration de son ami, et tourna cette fois des yeux vaguement écarquillés sur lui. Il lui sembla qu'il se hérissait comme s'il avait été trempé dans l'eau froide et laissé au gré d'un vent sournois. Il manqua d'en siffler d'agacement, esquissa un mauvais rictus, et contempla cette fois-ci son aîné avec une hostilité qui commençait à se faire plus apparente. Cette idée là lui plaisait encore moins que la précédente.

-À quoi bon? S'ils vous cherchent, ils vous trouveront, merde. T'as pas à quitter cette ville comme ça en te basant sur des "si" fumeux et des lettres perdues,
lâcha-t-il avec amertume, et il se décala, mal à l'aise: T'as pas l'droit.

Lui aussi avait laissé tomber les jolies tournures, pour une version plus cassante, plus enfantine dans sa manière d'être formulée. Il en était venu au point où il fixait Richard avec une mine farouche, et son visage en était retombé à la glace permanente. S'il n'avait été là, cet intrus, peut-être aurait-il développé plus. Il aurait pu dire bien d'autres mots, secoué Charles par les épaules à l'en faire pleurer, lui aurait fait lâcher cette idée ridicule. Il ne pouvait pas partir comme ça, du jour au lendemain. Et Kyle était égoïste. Alors Charles ne partirait pas. Cela ne pouvait en être autrement.
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MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 2 EmptyMar 12 Mar - 16:53

Il observait le mouvement répétitif de son ami autour de son poignet et sa mit à le fixer intensément. Il passa une main dans son cou, pas extraordinairement à l’aise avec la situation, et reporta son attention sur Richard, qui avait le teint un peu vert, pour le coup. Ce fut lui qui répondit, d’une voix posée que de toute évidence il surveillait avec force.

- Camilla l’a reçue le jour avant qu’elle appelle Charles. Elle était dans tous ses états.

Charles n’aimait pas entendre cette vérité sortir de la bouche de son vieil ami. Il aurait aimé ajouter quelque chose, mais ne savait plus comment faire pour s’expliquer devant le regard calculateur de Kyle. Il avait besoin de se rassurer.

- En tout cas... (Pourquoi chercher des mots plus justes quand les plus crus parlaient d’eux-même avec tant d’exactitude ?) ouais, on est dans la merde. Franchement... (Il croisa de nouveau les yeux de Kyle et ne maintint pas le contact.) Je m’attends au pire. Il y a assez de morts dans cette histoire pour qu’on aille moisir en prison de longues années. Il n’y a pas la peine de mort, ici, non ?

Il lui semblait avoir vaguement entendu parler des disparitions. Il contempla la main qui tenait son verre et se sentait brusquement comme le personne dans La Nausée. C’est moi, c’est moi qui me tire du néant auquel j’aspire : la haine, le dégoût d’exister, ce sont autant de manières de me faire exister, de m’enfoncer dans l’existence. Les gens existaient, s’agitaient quelques temps et puis disparaissaient. Il en aurait presque envie de se laisser attraper par les flics, se laisser couler tranquillement, donner une seconde vie à sa conscience vieillissante.

- Cette ville est pour le moins étonnante.

Maintenant que Kyle était au courant, il se sentait étrangement plus léger. Il aurait pu s’envoler.
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MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 2 EmptyMar 12 Mar - 19:21

Le plus jeune tourna de nouveau un regard glacial sur Richard, qui reprenait la parole, avec la ferme envie de lui briser la mâchoire pour ne plus avoir à l'entendre. C'était des pulsions pareilles qui le menaient souvent au drame, il fallait le dire, mais tant qu'elles restaient de l'ordre de la pensée fugace personne ne pouvait lui en tenir rigueur. Camilla, dans tous ses états. Il se demanda si elle l'avait été comme Charles, au point de pleurer, raconter, lui faire craindre de se jeter par une fenêtre sur un coup de tête. Sans doute pas. Du moins, il n'avait pas le souhait de l'imaginer, et s'en fichait un peu pour être tout à fait honnête. Elle n'était qu'un nom, posé sur une histoire, rien de plus. Même si son camarade y tenait, à sa jumelle. Si elle avait une once de Charles en elle, peut-être même que Kyle pourrait l'apprécier. Il ne fit pas l'honneur à l'intrus de lui répondre, lâcha tout juste un souffle qui, agacé, s'accompagna d'un rictus tout aussi inspiré. Et Grenouille évitait son regard, fait qui acheva pour le moins de le pousser dans une irritation latente qui ne demandait qu'à le faire crier. Il n'en fit rien pour l'heure, mais le frottement sur son bras devint plus prononcé. Il dansait par moment d'une jambe à l'autre. Finalement, il lâcha un rire sec, qui claqua plus qu'autre chose:

-Si j'y ai échappé, tu pourrais bien t'en tirer aussi. Les morts ne parlent pas, et les vivants ont la trouille. T'as même pas pressé la détente, imbécile. Quelques années de taule c'est une formalité.

Il avait la voix sans appel de quelqu'un qui, aillant traversé une épreuve, annonçait aux autres qu'elle était tout à fait possible à accomplir. Il sentit la chaleur sur son poignet qui signalait qu'à trop frotter, il allait finir par se blesser, aussi croisa-t-il les bras sur son torse, la mâchoire serrée, et il manquait d'en grincer de dents. Il évinçait totalement leur troisième comparse de ses paroles, avec une aisance froide. Il en serait resté là, par ailleurs, si Charles n'avait pas prononcé cette phrase si simple, si banale, avec sa voix familière et son timbre mort. Il se vit le gifler, et l'idée le détendit, mais il ne leva pas la main, resserra juste ses doigts sur sa veste.

-J'en ai rien à battre, de cette foutue ville, étrange ou pas. C'est de toi que je cause. T'as plutôt pas intérêt à la quitter, Charles, sinon c'est pas la police qui va traquer ton cul dans un autre pays.


Tant de douceur, dans d'affection. Sa voix était aussi cassante que son rire. La perspective de cette ville sans son Grenouille était à chaque fois un peu plus angoissante. Pesante.
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MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 2 EmptyMar 12 Mar - 19:50

Il n’avait pas pressé la détente ? C’était une simple question de point de vue. Cette nuit-là, dans la forêt, était-il celui qui avait tué ce pauvre homme ? Peut-être bien, il n’y avait personne qui détenait la vérité de ce qui s’est réellement passé cette nuit, après tout. Et Bunny, il n’avait pas pressé la détente ? C’était bien Henry qui s’était occupé de le pousser, mais tous avaient comploté vers la mort de leur ami. Qui avait fait le geste n’était qu’une banalité. Il y avait réfléchi à l’avance, prévu la chose avec les autres, il était présent dans la forêt, près du ravin, il avait regardé son corps écartelé entre les pierres en contre-bas et cela l’avait bizarrement très peu atteint. Ce n’était plus Bunny, là en bas ; c’était leur assurance liberté. Ils avaient fait un dernier tour dans les lieux, personne n’a rien oublié, lunettes, paquet de clope, tout le monde a tout ? et puis ils sont partis sans regarder en arrière. Il ne savait pas quoi répondre à Kyle et se mit lui aussi à s’agiter d’un pied sur l’autre.

- Hum, peut-être, oui. Mais je préfère éviter la chaise électrique, quand même. Que proposes-tu ? qu’on attende sagement ici que la police vienne nous cueillir ? Je suis pas un putain de coquelicot, Kyle.

Il sentit brusquement la frustration dans la voix de son ami. Frustration ? Ou autre chose ? De la jalousie ? De la peine ? Charles ne parvenait pas à identifier. Il se contenta se s’adosser à nouveau contre le mur. Richard avait l’air de vouloir disparaître sous terre. Charles alluma une nouvelle cigarette pour se donner de la contenance. Oui, ils avaient parlé de partir dans le premier avion. Mais il y avait lui, il y avait Kyle, et bizarrement Charles ne pouvait s’imaginer l’abandonner derrière lui. Il voulait que la soirée s’arrête. Il haussa les épaules, faute de mieux.

- Nous avons vraiment pensé à partir. Camilla est d’accord avec ça. Francis se pisse dessus à cette idée. Mais je n’ai pas envie de fuir comme un animal. Plus maintenant.

Phrase à double sens, il fallait maintenant espérer que Kyle le capte.
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