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 Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]

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Kyle Davis
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Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 3 EmptyMar 12 Mar - 20:45

L'agitation de l'un faisait écho dans celle de l'autre, et ils se retrouvaient visiblement dans la même situation où les mots s'étouffaient avant de voir le jour, ne parvenaient à trouver forme et sens. S'ils avaient été seuls, peut-être les choses auraient-elles étaient différentes. Kyle aurait été plus clair, ou pas, Charles aurait parlé davantage, ou peut-être que non. Mais le fait était qu'il y avait une tierce personne, et qu'il y avait des paroles qui ne devaient pas être entendues par autres qu'eux-mêmes. Certains gestes, de même, étaient avortés, pas même tentés, que ce fut la gifle ou bien d'autre. Kyle eut un rire nerveux, l'espace d'une seconde à peine, et il glissa une main contre sa nuque pour ne pas perdre le peu de patience qu'il lui restait. Il s'éloigna même, dansa sur un pied, puis sur l'autre, sembla amorcer une retraite anticipée, mais revint se planter à l'exacte place où il se tenait quelques secondes plus tôt à peine. Pas un coquelicot, disait-il. Et le plus jeune coula un regard courroucé à Richard alors que les mots lui brûlaient cette fois les lèvres, mais qu'encore une fois il les ravalait. Bien sûr que si, Charles en était un. Pour le nombre de fois où il l'avait fait rougir, par quelques phrases, par quelques touchers, en si peu de temps, il méritait bien ce sobriquet en plus de tous les autres. Le sarcasme souffrait de ne pas être exprimé, mais son regard en disait long.

-Les coquelicots crèvent souvent avant qu'on les cueille. Autant éviter. Je ne te dis pas de te laisser choper, mais d'éviter de prendre des décisions hâtives pour une lettre perdue au grès du vent. Si tu commences à fuir, encore, ça te rendra d'autant plus fautif à leurs yeux.


L'imaginer sur la chaise le fit frémir, l'espace d'un instant, et il retint une grimace légère, qu'il masqua en détournant le visage. Non, là encore, une bien mauvaise idée. Il était dans une impasse, aucune issue n'était favorable. À croire que l'échafaud était tout ce qui attendait à la sortie. Et que risquait-il, lui aussi, à trop fréquenter quelqu'un qui croulait sous les problèmes? Avec son casier, il pouvait prendre pour complicité, qu'en savait-il. La justice n'était pas son fort. Il ruminait comme un enfant, en réalité, à cours de solutions, sans réels arguments qu'il aurait pu articuler, lorsque son camarade reprit la parole. Il plissa les yeux, sceptique, et le silence s'instaura religieusement pendant qu'il tournait et retournait ces quelques phrases. Il sentit ses épaules se détendre, à peine, mais de façon significative. Il ne dit rien, pas à ce sujet, se contenta de river un lourd instant ses yeux dans ceux métalliques de son aîné. Il les détourna aussitôt, satisfait, et l'ombre de sourire était de retour sur ses lèvres.

-Alors ne fuis pas. Reste ici, et prie je ne sais quel Dieu que rien ne se passe. Il n'y a nul part où aller, le mieux reste de s'éviter le voyage,
lâcha-t-il avec plus de calme, plus de retenue, avant de regarder les deux hommes: Et on compte rester ici, contre un mur miteux, toute la nuit?

Mauvaise foi ultime, considérant que la dernière fois, cela ne l'avait pas dérangé outre mesure.
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Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 3 EmptyMar 12 Mar - 21:04

La métaphore du coquelicot n’était peut-être pas si mauvaise que cela, alors. C’était une perspective déprimante, mais une perspective tout de même. Charles eut un geste pour boire un peu plus de son verre, mais celui-ci était vide. Il jeta un regard à Richard. Maintenant, il avait très envie que celui-ci s’en aille. Il voulait un peu de temps avec Kyle, et lui seul. C’était trop dur avec une tierce personne entre eux. Leur style de conversation léchée était gâché à cause de lui. OUi, Charles aimait beaucoup Richard, bien sûr, mais là tout de suite il l’aurait payé pour le voir partir. Il croisa son regard. Si on pouvait transpirer par un regard, Richard serait couvert de sueur. Il n’était pas à son aise, c’était certain. Charles non plus. Il concentra à nouveau son attention sur Kyle. Il était bien plus agité qu’à l’accoutumée. Charles était aussi bien moins ivre que d’ordinaire.

- Tu as sans doute raison. Mais c’est pas chose aisée que de maintenir la panique à l’écart et de rester tranquille ici.

Il aurait envie d’en dire tellement plus, mais... Richard. Le pauvre bougre faisait tache dans le paysage. Le mur ? Quel mur ? Ah, celui-ci. Charles ne savait pas quoi proposer. Etonnamment, ce fut Richard qui donna la solution.

- Hum, je crois que je vais rentrer à l’hôtel, moi. De toute façon, on se voit demain, Charles ? Tu veux que j’appelle Camilla ?

Oh, c’était un ange. Richard était béni des dieux ! Charles s’autorisa son premier vrai sourire de la soirée et il lui dit au revoir en vitesse, car il semblait donner l’impression de vouloir fuir à la quatrième vitesse. Une rapide embrassade, et son ami s’en fut, ne laissant à leur vue que son dos qui diminuait dans la nuit noir jusqu’à disparaître complètement. Finalement, Charles osa croiser le regard de Kyle.

- C’est vrai que ce mur n’est pas l’idéal. On va où ?

Car il était chose logique de partir avec lui.
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Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 3 EmptyMar 12 Mar - 21:34

Richard ne pouvait plus en pouvoir de supporter les regards combinés qu'il se recevait, l'un plus hostile que l'autre. C'était tout l'art d'être la personne de trop, au mauvais endroit, au mauvais moment. Il était dur d'être à l'aise dans pareille situation, et si une âme charitable aurait tenté d'apaiser la tension, Kyle ne faisait que jeter de l'huile sur le feu, et s'employait à lui offrir seulement son indifférence et ses yeux inexpressifs. Toutefois, entre chaque interlude d'intimidation et de provocation qu'il s'autorisait, il en revenait toujours à Charles. Le fait qu'il avait passé un moment à le guetter, à le chercher, ou peut-être la nuit de plomb qui leur tombait dessus, exacerbaient sans limite son envie de le voir tirer sa révérence et les laisser en paix. C'était toujours la nuit que les événements prenaient des tournures intéressantes, mais elles trouvaient, en ce jour, un frein non négligeable. Il marmonna une réponse inintelligible, dans sa barbe, toute sa verve envolée, toute envie de s'étendre également. Si seulement Charles pouvait rester tranquille. Tout serait bien plus simple. Mais cela perdrait sans nul doute en saveur.

Il manqua de bénir Richard lorsque sa voix se fit entendre, tout athée qu'il était, et malgré toute sa répulsion pour ce timbre qu'il s'était mis à rejeter de façon gratuite et injustifiée. Il avait envie de le lui dire, que oui, il ferait mieux de rentrer, peu importait où il allait, et que ses histoires étaient au fin fond de ce dont il se souciait. Il tint sa langue, glissa un regard cependant méfiant à son camarade qui, appuyé sur le mur, ne disait pour l'instant rien. Il le vit sourire, un vrai sourire, cru l'espace d'une seconde qu'il allait filer aussi lorsqu'il le vit avancer vers l'intrus. Il n'en fut rien, et Charles le congédia dans les règles de l'art, embrassades et adieux en règle, et Kyle le contempla avec une satisfaction puérile alors qu'il restait, avec lui, planté dans cette rue qui allait finir par les voir passer sans cesse. Il ne porta pas un œil à cette silhouette qui s'éloignait, reprit juste sa place aux côtés de son Grenouille comme s'il ne l'avait jamais quittée, et son petit sourire étirait de nouveau ses lèvres.

-Aucune idée, comme à chaque fois. On a qu'à voir où nos pas nous mènent, c'est ce qu'on fait de mieux, s'amusa-t-il, même si son ton n'avait pas encore réussi à quitter totalement la neutralité: À moins que tu n'aies d'autres plans. S'il fait trop froid pour un coquelicot, on peut toujours squatter mon studio.

Oh, il n'allait plus le lâcher avec son histoire de fleur. Regard rivé dans celui de son camarade, il parlait plus volontiers, semblait plus libre de ses gestes, et n'avait au moins plus cette tendance fâcheuse à frotter sa peau jusqu'à l'irritation. De toute manière, et comme ils étaient lâchés au bon vouloir de leur chance, il se mettait déjà à marcher, l'air froid et sec lui semblant soudain plus agréable, et le silence presque réconfortant. Mais ce n'était pas le silence, en réalité. Il y avait toujours un son, quelque chose, ne serait-ce que le froissement du manteau de celui qui le suivait.
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Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 3 EmptyJeu 14 Mar - 20:47

Kyle semblait jubiler, on pouvait bien lui laisser cela. Charles eut l’impression qu’au moment où Richard tira sa révérence, son ami avait retrouvé sa bonne humeur. Il savait bien que son changement de tempérament avait un rapport avec la tierce personne présente ce soir, mais dans un coin de sa tête il pensait que c’était sa faute, quelque part. Il n’avait même pas envie de se poser ce genre d’interrogation, ce soir. Néanmoins, s’ils devaient s’en aller maintenant, Charles aurait bien pris un dernier verre. Charles avisa le temps, se rendit compte qu’il avait quand même pas mal froid. Il haussa les épaules de manière évasive et coula un regard inexpressif sur le mur, comme si son regard sombre salissait les façades par une force invisible.
- Hum, pour être tout à fait honnête, j’ai déjà eu plus chaud.
Il ne savait pas si Kyle allait approuver ce mouvement, mais franchement Charles pouvait s’en sortir sans sa bénédiction. Il lui tira le bras, le voyant s’éloigner sans vergogne ni même vérification que Charles le suivait.
- Attends. Je veux prendre un dernier verre avant de m’en aller.
Il amorça déjà le pas pour retourner dans le bar, histoire de ne pas traîner.
Ce soir, l’ambiance était bonne. Après l’heure de jeu de Charles, le patron du pub avait invité un DJ de seconde main qui arrivait étonnement à faire se lever les clients pour remuer sur la petite scène. Charles avait en horreur ce genre de musique, aussi ne s’attarda-t-il pas. Un verre et on file. Les filles jouasses se trémoussaient les unes contre les autres, les mini-jupes frottant d’autre mini-jupes, histoire d’oublier leurs vies pourries et penser à autre chose. Vraiment, l’ambiance était étrange ce soir. D’ordinaire, c’était un bar très peu prisé, avec des concerts de piano en fond sonore et assez souvent accueillant des matches de boxes improvisées. Mais pas les petites minettes chaudes comme la brise. Charles eut un grognement inintelligible.
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Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 3 EmptySam 16 Mar - 19:51

En effet le seul départ de l'intrus, car il resterait gravé dans sa mémoire comme étant l'intrus de la situation, avait suffit à faire en sorte que le jeune homme soit soudain d'une humeur qui ressemblait davantage à la joie. Il aurait aimé dire qu'il réfléchissait à ce à quoi pouvait mener la soirée, à l'endroit où aller, d'autant que Charles confirma qu'il devait se les geler, mais ce n'était pas le cas. Ils pouvaient finir au pied d'un pont, chez l'un ou chez l'autre, sur la plage ou au plus profond d'une forêt, il ne s'y opposerait pas. Là où les pas menaient, c'était toujours mieux, sans concession, sans prise de tête. C'était la même étincelle qui le faisait marcher en équilibre précaire au dessus du vide. Cependant, il n'eut pas le loisir d'entamer une marche active, car déjà son camarade attrapait son bras, lui tira un regard au mieux surpris, au pire des plus neutres.

-Un dernier verre? Ok. J'en suis,
lâcha-t-il tranquillement, non sans hausser les épaules.

S'il avait été prompt à lui lancer une pique bien sentie dès son arrivée, il ne semblait pas porter grande rancune envers sa rechute. Qui qu'il en pensât, sur le coup, il ne jugea pas utile de railler, provoquer davantage, pour un malheureux verre. Au fond, il se dit que cela ne pouvait pas en être qu'un. Ça n'en serait jamais qu'un. Mais il se dit que, le cas échéant, il pourrait alors laisser s'écouler toutes ses phrases destinées à le culpabiliser, sèches et sans teints, comme si son sort ne l'intéressait pas. De plus, son premier verre lui avait laissé une impression agréable, alors peut-être se laisserait-il tenter par un autre. Il emboîta dès lors le pas à son ami, sentit de nouveau la chaleur du bar, et la musique sembla lui vriller les tympans après le piano.

S'il n'avait rien contre le son, ses yeux allaient et venaient d'un bout à l'autre de la petite foule mouvante qui se trémoussait devant eux. Cela lui rappelait cette soirée d'Halloween qui, déjà, l'avait mis mal à l'aise. Les mini-jupes n'attiraient pas son regard, les femmes et les hommes en pleine danse non plus, et il se déporta un peu plus vers son compagnon, jusqu'à en frôler son bras, pour s'éloigner de ce chahut. Il l'entendit grogner, répondit par un rire sans émotion, et s'employa à longer le bar pour éviter de se faire attraper par la vague qui se profilait.

-Je ne pensais pas que ce fichu endroit pouvait être aussi animé...
Siffla-t-il par dessus la musique, ou du moins essaya-t-il: Juste un verre, j'te jure, sinon je vais faire un massacre.

C'était à peine ironique, comme propos. Il n'avait pas idée de la dernière fois qu'il avait eu, outre la soirée, affaire à une masse aussi bruyante, aussi animée. Pas depuis très longtemps. Cette foule très relative le rendait mal à l'aise, excitait un instinct très primaire qui lui hurlait des choses qu'il préférait ne pas entendre. Il ne quittait plus Charles d'un pas, à ce stade.

-Et ça plait vraiment aux gens? De danser avec des inconnus?


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MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 3 EmptyDim 17 Mar - 15:27

Non, ce n'était jamais qu'un verre, mais de toute manière celui-ci ne sera pas le premier de la soirée. Charles se faufila entre les corps nimbés de sueur, l'oestrogene et la testostérone aux plus hauts degrés, toute la foire ahurissante de la jeunesse grivoise de cette ville pourrie.

Maintenant que Richard était parti et le secret avoué, Charles n'avait plus de raison de se forcer de sourire. Il afficha un visage morne et peu enclin à la communication alors qu'il se dirigeait vers le bar. Il avisa le serveur, lui fit glisser son verre contre la surface en bois poisseux et fit un signe de la main : la même chose, s'il te plaît.

La main experte du serveur lui renvoya son précieux breuvage et Charles le but en silence, sans grand plaisir, par pure perversité, parce que c'était le dernier verre et qu'il allait bien en avoir envie de plus. Kyle gardait son faciès impassible et surtout ne semblait pas enclin à poser des questions. Charles le bénissait en silence. Perché sur son tabouret, les épaules voûtées, il plongea ses lèvres dans son verre. Il écouta Kyle, apparemment impressionné par la populace présente.

- Ouais, ils font des soirées du genre quelquefois. Ils ont l'air d'adorer ça.

Charles détestait cela avec la même ferveur avec laquelle il haïssait les fêtes d'étudiants le vendredi soir. Ils avaient un truc avec les vendredi soirs, les gens de ce pays. Comme si se bourrer la gueule devenait moralement acceptable tant qu'on avait pas à bosser le lendemain. C'est sûr que d'être productif en cours avec une grosse de bois était proche de l'impossible, mais il n'y avait pas de plaisir à se pinter le vendredi soir plutôt qu'une soirée en semaine.

- Un seul verre, t'en fais pas.

Il avait fini le sien, se mit à jouer avec son verre du bout de son doigt.
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Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 3 EmptyDim 17 Mar - 19:15

C'était tellement plus simple de suivre le sillage de Charles jusqu'au bar que de se frayer un chemin tout seul. Puisqu'il était d'humeur à l'imiter, visiblement, il profita de l'élan du serveur pour prendre strictement la même chose que son camarade. Après tout, n'était-ce pas apprendre à le connaître que de voir ce qu'il buvait? Même lui concevait que c'était ridicule. Avec tout ce que consommait son camarade, cela pouvait aussi bien être du détergeant. Il ne devait même plus posséder le sens du goût, à trop se brûler les papilles. Le plus jeune se cala sur un tabouret, lui aussi, récupéra d'un geste soigneux son verre qu'il fit glisser jusque devant lui et observa avec soin et curiosité. De même que la dernière fois, il piocha deux pailles, et trouva moyen de boire ainsi. Même pas boire, siroter en réalité, avec bien plus d'application que ce que Charles pouvait y mettre, et la première gorgée lui brûla la langue comme il s'y attendait. Il tourna les yeux vers son compagnon, après un silence, silence tout relatif en vue de la musique qui continuait de se propager derrière eux.

-T'aimes pas ça beaucoup plus que moi, visiblement. À choisir, je préfère nos discussions sans queue ni tête des cinq heures du matin
, s'amusa-t-il tout en faisant tourner sa paille sur le fond du verre.

Il s'étira légèrement, pour chasser l'engourdissement qui le prenait déjà, comme si s'être avachi à ce comptoir suffisait à paralyser tout son corps. Sa jambe s'était remise à tressauter, et son regard alerte et toutefois paresseux scrutait à tour de rôle le visage de Charles, l'horloge, et les gens qui se trémoussaient derrière eux. Il arqua un sourcil, moqueur, en avisant le manège de son ami, dont le verre déjà vide jurait avec le sien encore à moitié plein.

-Juste un verre, hm? Si c'était vraiment le cas, on serait sans doute déjà dehors. Ou alors as-tu la bonté d'âme de m'attendre, auquel cas je suis navré de n'être que d'un cynisme déplorable...


Sur ces mots, il poussa son verre vers son compagnon, avec une moue théâtrale et désabusée. Il n'en voulait plus, vite rassasié, ou bien dérangé par l'ambiance derrière eux. Au moins ne désirait-il pas finir sous le tabouret, même s'il en était très loin. C'était très enfantin, comme geste, comme un gamin qui pousserait un gâteau à moitié entamé vers quelqu'un pour qu'il le termine à sa place. Sauf qu'en l'occurrence, c'était bien loin d'un gâteau.
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MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 3 EmptyDim 17 Mar - 19:37

Le jeune homme fit tournoyer son verre avec fureur, une lueur désintéressée dans le regard. Il croisa les yeux de Kyle, comme s’il était ainsi plus simple de faire parvenir le message, et se reporta sur l’observation approfondie du coin de comptoir sous son coude. Non, il détestait par-dessus tout ce genre de soirée. Il appréciait les fameuses discussion d’à cinq heures du matin, pour le peu dont il se souvenait, et aurait donné son âme pour partir d’ici. L’appel de la bouteille avait fait son temps, il attrapa le verre de Kyle et en scruta l’intérieur comme s’il cherchait à prédire son avenir dedans.

- Je déteste ce genre de soirée. Mais bon, ils vendent de l’alcool pas cher. Et je sais qu’il y a peu de chance que je croise quelqu’un du campus qui me reconnaisse. Sauf toi, apparemment, ajouta-t-il avec un petit sourire.

Il l’écouta avec attention, et en guise de réponse lui offrit la vision bénie des Dieux de sieur Macaulay dans toute sa splendeur finissant le verre d’une traite. Il s’essuya la bouche du revers de la main et abandonna le verre sur le comptoir. Faire des maths était un peu fastidieux mais il réussit d’une manière ou d’une autre à régler pour ces deux verres finaux et descendit du tabouret, coulant un regard fantomatique sur Kyle.

- T’as raison. Cassons-nous d’ici.

Il vérifia si Kyle le suivait bien au milieu de la foule compacte et réussi tant bien que mal à sortir de ce bain odorant, la main trempée. Il se demanda d’où venait cette humidification problématique, leva le nez en l’air. Tout le monde sautait partout avec leurs chopes de bière et quelqu’un l’en avait allègrement aspergé. Il jura.
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MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 3 EmptyDim 17 Mar - 20:30

Il ne fut pas vraiment surpris de le voir récupérer le verre, esquissa même le petit sourire sournois d'un chasseur ayant attiré une bête dans son piège. Futile. Ce n'était pas un demi-verre qui ferait la différence sur un habitué pareil. Mais l'idée était la même, Charles n'avait pas réfléchi avant de le récupérer, et ça amusait grandement le plus jeune, qui l'écouta avec attention débiter son avis quant à ces soirées. Sans grande surprise, le facteur qui entrait en jeu était toujours l'alcool, c'était irrémédiable. Au sourire de son Grenouille répondit le sien, discret, alors qu'il lâchait un souffle discret, un rire étouffé.

-On ne peut pas vraiment dire que je suis "quelqu'un du campus". Voyons, je suis déçu, moi qui pensais avoir une place chère à ton coeur, voilà que je deviens "quelqu'un"?


Il fut bien admettre que son regard dût s'écarquiller un peu en voyant que le verre s'était vidé en quelques gorgées rapides, comme de l'eau, et ce même s'il avait déjà vu la manœuvre trop de fois pour la santé du champion. C'était davantage le fait qu'il le fixait, qui pesait dans la balance, car il eut tout le loisir de voir sa pomme d'Adam bouger, l'arc léger de sa gorge, avant que le bruit du verre sur le comptoir ne le ramène à la réalité. Déjà, Charles avait payé, et Kyle esquissa un sourire en coin en l'entendant annoncer leur fuite anticipée de cet endroit trop bruyant. Il se laissa glisser du tabouret, tout en souplesse comme à l'accoutumée, et s'appliqua à le suivre tout comme à l'allée, fidèle comme une ombre, et à peine plus rassurant.

Une fois à l'extérieur, il inspira un grand coup, pour se vider les poumons de ce parfum lourd de soirée, et il allait chercher son paquet de cigarettes dans sa poche -grand dieu, il devait vraiment ralentir la consommation s'il voulait survivre plus longtemps-, lorsqu'il entendit jurer son camarade. Il arqua un sourcil curieux, interrogateur, eut même un petit geste du menton pour lui demander ce qu'il lui prenait, mais il n'eut pas besoin d'attendre la réponse. Il dût, pour être franc, se mordre la joue pour retenir le ricanement léger qui menaçait de poindre, et il s'approcha de son ami pour constater les dégâts, et sentir ce merveilleux parfum de bière qui l'imprégnait. Charmant.

-Si ce n'est pas merveilleux... Un nouveau Channel, ou je suis à côté de la plaque?


Il le détailla de bas en haut, en fit le tour comme s'il s'amusait à l'encercler à lui tout seul, et eut un haussement d'épaules des plus fatalistes.

-J'peux te filer mon sweat pour rattraper le carnage si tu veux, princesse.

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MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 3 EmptyDim 17 Mar - 20:56

Il se mit à secouer sa manche dans la rue, dans une tentative un peu vaine de faire disparaître les tâches.

- Fais chier, quoi, mon manteau.

Il avait bravement survécu à des mois de nuits à la cloche, aux soirées glaciales de vagabondage, à des cuites mémorables, et voilà qu'il allait être défoncé par deux fils à papa qui bougeaient un peu trop vivement sur le danse floor. Pitoyable. Charles abandonna la partie se frotta les yeux de son piano fermé. Il chercha une cigarette dans la poche, en ressortit un paquet de Winston complètement imbibées de bière.

- Merde, fait chier ! dit-il si fort qu'un couple d'amoureux qui passait par là se retournèrent. Il leur lança un regard furieux.

Il se frotta la nuque en entendant la proposition de son ami.

- Non, ça va. Merde.

Il semblait avoir appuyé sur un levier qui le faisait jurer plus sûrement que n'importe quel camionneur d'Amérique. Les cheveux en bataille, le nez rougis par l'humidité de la rue, il fixa ses pieds, d'une humeur excécrable.

Dans la rue calme, d'où on entendait à peine pulser la musique du bar, une fine bruine s'était brusquement arrêté de tomber, si bien qu'on pouvait observer une mince couche d'eau sur les trottoirs et le macadam. S'y reflêtaient les lueurs agressives des lampadaires et des feux tricolores plus haut dans la rue, ainsi que l'enseigne du bar qui ressortait en lettres dorées dans l'obscurité de la rue : L'Alibi, bar et concerts. Une bien bonne planque qu'il s'était trouvé pour tous les soirs de l'année sauf celui-ci.

- Au Diable leurs soirées disco. On peut rentrer se mettre au chaud ? Ta piaule est plus proche que la mienne.

Il s'était passé quelque chose dans leur relation pour que Charles ne lui parle plus avec méfiance mais se trouve à l'aise comme avec un vieil ami.
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MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 3 Empty

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