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Après moi le déluge

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Dim 28 Juil - 23:16
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Loup avait rarement connu un tel sentiment.
À dire vrai, il ne l'avait même jamais connu jusqu'à présent, et si je devais être tout à fait honnête, je dirais même que ce sentiment étrange occupait le cœur du garçon depuis bien plus de temps qu'il n'y paraissait.

Il ne saurait décrire cette chose. Ce petit feu qui brûle en lui. Faiblement, il croyait. Puis un peu plus fort. Puis ardemment. De jour en jour, le brasier s'intensifiait. Jusqu'à parfois même occuper autre chose que ses pensées. Jusqu'à parfois même occuper une partie de son corps capricieux qui ne savait gérer pareille nouveauté.

Ce fut l'objet de nombre de ses soucis. Déjà pour une chose : son comportement qui se mettait à changer radicalement. Qui repoussait les tentatives d'approche plus que jamais, avec une virulence qu'on n'attribuait pas au garçon d'habitude silencieux et calme qu'il était.
Et puis, une autre chose était devenue un problème de taille. Un problème connu de Loup seul, puisqu'il était l'unique personnage dans cette histoire sordide, chez qui ce fait provoquait de la difficulté.

Tout a commencé en cours de cinéma. En tant qu'étudiant en arts graphiques, Loup avait le choix d'une option pour compléter son planning : il se dirigea vers les arts cinématographiques, et c'est ainsi qu'il fit la connaissance de son professeur référent. Un homme juste au caractère bon vivant, impliqué et attentif. Le genre de professeur dont on rêvait et qu'on regrettait de quitter à la fin d'une année scolaire.
Ce fut les premières pensées de Loup au sujet de cet homme.

Jusqu'à ce que les choses prennent une tournure particulière. Ambiguë. À la fois désagréable et... irrésistible. Loup n'en parla à personne, surtout pas.

(...)

Loup Fitzgerald n'a jamais été un garçon spécialement sportif, en tout cas pas en ce qui concerne les sports de natation. Cela dit, en accompagnant un camarade de classe (un des rares, il faut le dire), ses pas le menèrent tout naturellement vers le lieu d'entraînement de son ami. En vue d'une compétition prochaine, ce dernier avait intérêt à passer le plus de temps possible à la piscine afin de former ses muscles à l'endurance nécessaire pour cette discipline costaude.

L'étudiant en arts graphiques ne rétorqua rien, n'ayant à priori rien contre un peu d'eau. Il avait même pris son maillot, un boxer simple sans fioritures. Même pas de lunettes ou de bonnet ; ça n'a jamais été vraiment son truc de porter ces choses-là. Pour le peu de temps qu'il passe dans le chlore, en tout cas.

Dans les vestiaires des garçons, Fitzgerald ôta ses vêtements avant de les enfoncer au fond de son casier. De temps en temps, son regard bifurqua vers les corps masculins alentours ; lui, il n'a pas une stature bien solide. Ni spécialement taillée. C'est même le contraire, avec ses longues jambes infinies, sa haute taille, son buste dépourvu de formes particulières qu'on aime afficher à la vue de tous. Avec son allure de gant de toilette, impossible de passer pour un pro, ou même un habitué du bac d'eau.

Inutile de dire qu'il eut quelques rougeurs sur son visage en découvrant les corps d'Apollon se promenant à droite à gauche des couloirs. Mais bon, Loup, il a d'autres qualités. Bien cachées, parfois difficile à cerner, mais présentes quoiqu'il arrive.

En passant dans le bassin tiède, l'odeur significative de toutes les piscines embauma et le fit remuer des naseaux. Il observa les têtes dépassant à la surface de l'eau, mais ne reconnut personne, sauf son compagnon en train de faire plongeon, entamant les longueurs comme si c'était un automatisme.
Loup aussi, parfois il aimerait être réglé ainsi, à faire les choses naturellement, sans se poser de questions.
L'art est souvent prise de tête, source d'angoisses, de remises en questions, même. Si beaucoup se demandent comment il est possible de se fatiguer en dessinant, une des réponses de Loup serait qu'il n'est d'aucun moment plus propice à l'introspection que celui du dessin. Apprendre à se connaître est un chemin long et épuisant.

Au moment où je vous dis ces mots, Loup s'est assis sur le bord du bassin, trempant ses pattes lentement, comme on jauge la température d'une eau inconnue. Un premier frisson picore ses malléoles, puis remonte le long de ses mollets, pour finalement dévorer le début de ses genoux. C'est une sensation qu'il déteste particulièrement, puisque c'est celle du premier contact. Mais une fois le courant passé, il lui suffit de se laisser glisser dans l'eau, et de faire s'accommoder son corps à la présence apaisante de l'eau.

En se mouvant dans les ondes berçantes et aqueuses, la conscience de Loup se métamorphose. Sa pensée s'adoucit, ses muscles se détendent. Son propre poids l'immerge lentement, plus profondément. Jusqu'à ce qu'il se mette à flotter de lui-même, avant de regagner le sol où il peut avoir pieds. Il sent la mosaïque fine et légère tout au fond, entend la sensation particulière du glissement de la peau contre les parois du bassin. Des bulles chatouillent les pores de sa peau, l'eau se bouscule sous l'affluence du monde, l'écho des sons claque et rebondit sous le dôme. Tout ce flot d'informations brouille son cerveau qui choisit de se taire pour ne plus rien entendre.

Et Loup se laisse immerger sous l'eau, tête complète, la vue ondulant sous les vagues et les remous aqueux. Les sons tout à coup ouatés qui lui parviennent semblent venir de bien plus loin. C'est à ce moment-là que les choses commencent à devenir agréables pour Loup.

Se sentir isolé et protégé au milieu d'un chaos de monde, voilà ce qu'est le bonheur.
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Lun 29 Juil - 17:25
Knowledge comes, but wisdom lingers.
Elijah Holtz
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Le temps soignait bien plus les blessures extérieures qu’intérieures actuellement. Ma relation avec Teddy demeurait au point mort, sans qu’aucun de nous n’ose encore échanger plus d’une politesse par jour. En même ainsi, il nous semblait préférable de filer en douce si l’opportunité se présentait. Un minimum de contact s’il vous plaît. Cependant, ma rage s’apaisait tandis que le manque, lui, se tissait une toile de plus en plus époustouflante. Je haïssais ce sentiment, comme si je l’applaudissais pour m’avoir trompé ou l’excusais pour ses actes. L’unique point me permettant de garder le moral était que mon corps reprenait sa teinte normale. Les marques rouge vif et violacées laissaient place à une peau légèrement bronzée par le soleil de cette fin de printemps. Ni vu ni connu, ou presque. Encore loin d’atteindre le maximum de ma forme, des douleurs se faisaient toujours ressentir ci et là, aux emplacements où les coups de Vladmir s’étaient faits les plus brutaux. Ainsi, la natation m’avait été recommandée par un spécialiste afin de faire travailler muscles et nerfs tout en permettant la sécrétion d’endorphines, hormones idéales pour redonner vigueur et combattre les excès de colère, tensions et risques de dépression. Impossible de refuser un tel cocktail à l’heure où mon activité principale se résumait à faire les cent pas dans mon appartement, broyant du noir à la recherche d’une échappatoire.

Uniquement équipé de mon boxer de bain, je plongeais tête la première dans l’eau chlorée. Le choc thermique fut brutal mais au moins c’était chose faite. Il y avait foule aujourd’hui, des individus cherchant sûrement à s’isoler de la chaleur insoutenable de l’extérieur. Fraîcheur garantie ! Je n’avais pas prêté attention à ceux occupant le bassin, jusqu’à ce mon regard se posa sur l’un de mes étudiants à plusieurs mètres de là où j’avais percé la surface. Tandis que je m’apprêtais à le saluer, ce dernier s’immergea intégralement et disparu de mon champ de vision. J’entrepris quelques mouvements pour m’échauffer, mon poignet protestant mollement, anxieux de ne pas voir Loup réapparaître lorsqu’un groupe de nageurs défila à vive allure dans une course effrénée là où il se tenait précédemment. La panique commença à se saisir de moi, mes yeux balayant les environs à la recherche de sa tignasse ou de personnes ayant remarqué son absence. Rien. Aucun ne remuait le petit doigt ou ne paraissait inquiet. Il me fallait en avoir le cœur net.

Je m’élançais vers lui en traversant la largeur de l’espace en crawl puis pris une inspiration avant de mettre la tête sous l’eau. Le jeune homme inconscient avait dérivé en direction des profondeurs du bain voisin. Probablement s’était-il décidé pour une balade « sous-marine » avant d’être assommé par le martèlement des compétiteurs. À sa hauteur, j’enroulais mon bras autour de sa taille puis me propulsais vers la surface en frappant le sol d’un coup sec. Un instant de confusion frappa les témoins, le maître-nageur se ruant vers nous tandis que, serré dans mes bras, je tentais de le réveiller en m’adressant à lui et en lui donnant des claques destinées à le faire réagir. Je ne pouvais envisager la possibilité que ni cela ni les gestes de premiers secours ne suffisent à le ranimer. Déjà, l’employé s’apprêtait à l’empoigner pour m’aider à le déposer sur le rebord dans l’optique de mesurer son pouls.

**


Mars 2019. J’assistais au tournage du court-métrage de l’un des groupes constitués dans mon enseignement. Bien décidé à ne pas laisser mes étudiants se débrouiller entièrement seuls de A à Z, je venais apporter mon aide durant un créneau décidé par avance. Le but étant bien sûr de les conseiller concernant la mise en scène, les décors et répliques, ainsi que leur jeu d’acteur. Cette fois-ci, c’était au tour de Loup et de ses camarades d’en bénéficier. Ces derniers m’avaient rapporté leur difficulté à réaliser une scène romantique. Pour cause : la timidité et la gêne réfrénaient le couple fictif, introduisant un manque d’alchimie et de crédibilité criant. Malheureusement, rien n’y faisait, j’avais l’impression de discuter avec des murs. Quoique même des briques seraient plus coopératives. En désespoir de cause, je demandais à la dénommée Juliette -non ce n’est pas une blague- de se lever pour prendre sa place à la table sobrement décorée de chandelles éteintes en attendant la première prise.

- Ton personnage en est raide dingue. Cela fait une éternité qu’elle désire goûter à ses lèvres, établir un contact avec cet homme. À la place, on ressent que tu ne souhaites qu’une chose : prendre la fuite. Autant l’embrasser sur le front à ce stade et vous déclarer frère et sœur.

Remarquez, ce serait un drôle de rebondissement. Ma déclaration n’était pas une moquerie, juste pour lui faire prendre conscience des choses à l’instar de ce que je m’apprêtais à faire.

- Regarde. Vous, ça donne ça, commençais-je en posant ma main aussi lourdement que maladroitement sur celle de Loup. Je peux ?

Oui, j’avais oublié de lui demander sa permission avant de me lancer. Celui-ci acquiesça, me permettant de poursuivre. Un regard timide, je baissai les yeux, puis lui fis un smack si rapide que même la caméra aurait du mal à le capturer. Parfaite reproduction des répétitions. Leurs camarades pouffaient tellement tout cela était absurde, fidèle à la réalité. Disons qu’avec un professeur c’était encore plus amusant. Même l’actrice en herbe se surprit à glousser.

- Tu vois ? Même toi tu trouves ça ridicule
, déclarais-je en me tournant dans sa direction. Ce n’est pas la première scène que vous tournez, tu sais comment donner vie à Anna. Tu le fais même avec brio. Ça vaut aussi pour toi Loup. Vous êtes autant statiques l’un que l’autre. Être acteur c’est avant tout dépasser ses propres limites et barrières, oublier ses réticences et insuffler force et âme à sa performance. Si vous êtes aussi charismatiques que des chimpanzés, votre audience ne croira pas un seul instant à ce que vous essayez de leur vendre. En particulier quand il s’agit de romance. Faites-nous croire que c’est réel, devenez votre personnage. Peu importe si l’autre en face vous plaît. C’est le cas pour celui ou celle que vous interprétez et c’est l’unique élément à prendre en compte.

Je fis une pause avant de rajouter, avec humour :

- Au pire, mangez chacun un bonbon pour mettre l’autre en appétit. Ça m’est déjà arrivé.

Oui. Parfois il fallait se montrer astucieux… L’équipe, désespérée, était déjà en train de tendre des chewing-gums et autres sucreries à Juliette et son coéquipier. Non, il restait un espoir.

- Avant d’en arriver là, je vais vous montrer un exemple. Si c’est encore impossible pour vous… On sortira les cochonneries. Vous étiez parti pour une approche plus délicate que fougueuse c’est ça ?

Cette fois, mes yeux bleus fixèrent ceux de Loup avec intensité. Un sourire en coin se dessina sur mon visage alors que mes doigts se glissèrent tendrement entre les siens et que je rapprochais nos lèvres. De ma main libre, je le forçais à se pencher vers moi en appuyant dans son dos pour l’empêcher de rester raide comme un piquet à nouveau. Ceci fait, je pris la sienne et la déposais doucement sur ma joue gauche maintenant que notre baiser avait débuté.

- Ferme les yeux ! réussis-je à prononcer après avoir remarqué qu’il les avait encore grand ouverts. À se demander s’il avait déjà embrassé quelqu’un.

Cela dura une poignée de secondes avant de me plonger à nouveau dans son regard et de m’éloigner pour reprendre lentement ma posture de professeur.

- Vous voyez ? Ce n’est pas sorcier ! C’était quand même mieux que tout à l’heure non ?
demandais-je à l’adresse du tandem. Vous êtes d’accord ?

Je m’adressais maintenant au réalisateur et autres membres de l’équipe qui manifestèrent leur accord à l’aide de hochements de tête, de « Oui ! » et de multiples variantes de « Carrément ! » assez timides mais sincères. Clairement, personne ne s'était attendu à assister à une telle scène. Pourtant, ça n'avait rien d'extraordinaire. Qui serais-je si je n'avais que de la gueule et étais incapable d'appliquer mes propres conseils ? Tous étaient majeurs et Loup m'avait donné son accord. Ce n'était pas la première fois que je m'improvisais dans l'un des rôles de mes étudiants, bien que ce fut le premier baiser qu'il m'ait fallu accomplir.
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Lun 29 Juil - 22:10
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Il y eut tout à coup un silence.
Les yeux clos, tête immergée, un mouvement brutal vint perturber la sérénité de Loup, l'emportant lui et son corps vers le fin fond du bassin. Et il n'aurait pas cru que ce dernier puisse être aussi profond.

"Que... Que se passe-t-il ?"
Quelqu'un, ou bien le seul mouvement de l'eau peut-être, l'avait tiré vers le bas, mille paires de jambes moulinant au-dessus de sa tête et le repoussant toujours plus vers les abysses de chlore. Loup recrache un cri sans son, ainsi qu'une salve de bulles et d'écumes, fatalement perdues dans le chaos au-dessus.

Sa vue se trouble, lui pique les yeux, s'inonde de mouvements qu'il ne parvient plus à décoder. Il bat des coudes, tente de se propulser grâce à ses paumes ouvertes. Ses jambes ! Que font ses jambes. Elles nagent, elles aussi. Et lorsqu'elles parviennent à faire regagner à Loup une hauteur descente, le bassin s'échine à le refaire couler aussitôt, comme empreint d'une aura vengeresse qui cherche à le noyer.

De l'eau s'infiltre par tous ses pores, ses sinus, ses orbites. Il n'y a plus rien de beau maintenant, tout s'effondre, Loup s'enfonce, ses poumons se gorgent d'eau. Du peu que ses paupières mi-closes parviennent à voir, il ne peut plus discerner qu'une silhouette floue et massive en train de plonger vers lui.

Et puis, le noir.

- - -

Loup n'avait jamais aimé devoir monter sur scène et interpréter un personnage. S'il est d'une chose qu'il n'apprécie pas dans le cours du professeur Holtz, c'est bien ça. Se mettre dans la peau de quelqu'un d'autre, devoir hausser la voix plus que nécessaire, mimer des gestes grandiloquents et extraordinaires. S'appeler par un autre nom, répondre sous un caractère qui n'est pas le sien. S'ôter la peau de Loup pour revêtir une peau de mouton.

Conviés à une table, elle-même formée de plusieurs autres tables, il se retrouve cloué sur place avec son groupe de projet. Une fille, Juliette, puis deux garçons dont il n'a pas le nom en tête.

Aujourd'hui, le scénario raconte l'histoire d'un couple qui se retrouve après quinze ans de vie à distance. Conte de fée dans lequel Loup ne croit pas, mais dont il revêt le rôle principal en raison d'un acteur dans l'incapacité d'assurer le rôle, pour cause d'accident majeur a-t-on dit, et aussi parce qu'un coup du destin l'a fait s'agglutiner à la dernière minute au groupuscule. C'est ça d'arriver en retard à ses cours, Loup.

"Autant l’embrasser sur le front à ce stade et vous déclarer frère et sœur. "

Car oui : ce groupe est mauvais. Et pas seulement le groupe : Loup aussi. Un si mauvais jeu d'acteur... Avec la tête de Loup, on aurait presque pu croire à une prise d'otage, ou que quelqu'un a son revolver pointé dans le dos du garçon, prêt à appuyer sur la détente si ce dernier ne joue pas le jeu.

Il voudrait dire : "Monsieur, je ne suis pas fait pour ça. Je n'aime pas de feindre." Mais professeur Holtz est bien trop convaincant et imposant pour que le métisse ose contredire ses explications. Ses précieux conseils, même... Loup ne regarde jamais professeur Holtz directement dans les yeux. Ce regard bleu de glace, majestueux... Cette chevelure blonde et bien peignée... Puis sous cette chemise, quel genre de corps magnifique se cache-t...

Non. Interdiction de penser à ça, Loup. Il faut se reprendre, être sérieux. Redresser le dos, déglutir un coup, chasser ces idées perverses de ton esprit trop jeune.

"Regarde. Vous, ça donne ça. Je peux ?"

Loup n'a même pas réalisé qu'il se trouvait déjà à table, la main prise sous celle de son professeur. Son supérieur, son exemple... Aah, quel regard. Il s'y noierait. Et ses mots ! Un assoiffé dans le désert voudrait les boire.

Avant même qu'il ne comprenne ce qui se passe, un baiser éclair d'une rapidité insoupçonnée se colle à lui, avant de disparaître comme un écho de rire.
La salle se tait. Puis l'air se charge doucement de tension, avant de retomber en gloussements partagés. Loup ne rit pas, il ne rit jamais. Ce qui vient de se produire lui donne une expression si torve et molle qu'on le croirait mort.
Mais la suite s'annonce bien pire.

"Ferme les yeux !"

Ce que Loup ne fit pas.
Il ne le fit pas, et il aurait dû. Car ce qu'il vit se dérouler devant lui le choqua profondément.

Professeur Holtz venait de l'embrasser. Et il l'embrassait toujours. Avec une tendresse si belle et paisible qu'on dirait presque le mouvement d'une femme. Loup ne s'offusqua, ni ne recula. Il ne pouvait tout simplement pas. Que faire, quand un homme comme professeur Holtz dépose ses lèvres sur les vôtres. Le cœur de Loup rata un battement, une marche, un train. Quelque chose se rompit dans son corps, et tout son cerveau s'éteignit d'un coup.

Il ne fermait toujours pas les yeux. Ce qui le poussa à le faire, ce fut le début de sensation agréable qui commença à poindre, jusqu'à s'emparer de lui, peu à peu. Oubliant ce qui se trouve autour, les gens comme du faux décor de scène, un désir subtil et ardent fit grimper ses sens et poussa Loup à répondre au baiser.

Son premier. De tous les temps. De tous les sexes, de tous les genres, de tous les Loup. Sa réaction fut à l'épreuve des meilleurs acteurs Hollywoodien. Même si sa maladresse de débutant fut sans doute visible, une passion qui ne ressemble pas à celle d'un homme simple dévora son dedans tout entier. Peut-être même plus.

La séparation fut aussi brusque qu'indolore. Seulement au début, du moins.

"Vous voyez ? Ce n’est pas sorcier ! C’était quand même mieux que tout à l’heure non ? Vous êtes d’accord ?"

Loup n'entendit rien de cette phrase, bien trop plongé dans ses songes et l’événement qui venait de se produire.
"Je... Je viens d'embrasser professeur Holtz........"
Il entend sa pompe cardiaque battre à tout rompre.
"J'ai vraiment... embrassé professeur Holtz ?"
Quelque chose bouillonne en lui. Là, juste en bas. Un peu plus...
"....... Professeur Holtz."

À compter de cet instant, Loup Fitzgerald ne répondit plus de rien. Mais quelque chose avait définitivement changé en lui. Était-ce le fait d'avoir partagé son premier baiser avec quelqu'un ? Ou bien le fait d'avoir embrassé une personne du même sexe ? Et si c'était le fait d'avoir terriblement aimé ça, et même d'en vouloir encore plus ? Parlons de Loup, tous les soirs dans sa chambre, se questionnant sur lui, sur professeur Holtz, sur leur relation, et sur d'autres choses relevant du registre de l'intime.

Un sentiment nouveau qui commença autant à plaire à Loup qu'à le répugner, le gagna.
Il ne connaissait pas, l'amour. Il ignorait de quoi était fait ce puissant sortilège, pourquoi ça le rendait si incertain en présence de professeur Holtz, ni pourquoi ça lui donnait parfois des ailes, et pourquoi à d'autres moments, il avait envie de se punir lourdement. Il ne comprenait pas, Loup.

Peut-être qu'il aurait préféré ne jamais être arrivé à ce cours, ce jour-là.

- - -

Un présent pas forcément plus joyeux l'attend cependant. De retour dans la bassine meurtrière, la conscience de Loup s'est envolée. Il n'entend que des sons, des vagues sons. Des bruits tout autour, des appellations, des invitations au réveil, l'eau qui éclabousse, l'écho intempestif de la piscine, la chaleur des rayons de soleil perçant le toit translucide.

"Loup... Loup... Loup !"

Il faut se réveiller, Loup.
Lentement, ses paupières ouvrent les volets. La vue est cinglante, il referme les yeux aussitôt. Puis les rouvre. Et il voit. Il sent, et comprend. On le porte. Un torse musclé et des bras forts soutiennent son poids de crevette. Il reconnaît cette expression amicale, ce regard bleuté, ces cheveux baignés de soleil.

Il sent aussi, Loup, le bruit des claques contre ses joues.

- A-arrêtez...! Je suis vivant...

Ses poumons crachent de l'eau par intervalles irréguliers. Son corps tremble un peu, on le dirait pris de secousses électriques. Ses cheveux tout plats et collés à son visage. Mais tout va bien. Toute la tasse recrachée, l'esprit de Loup se nettoie, puis revient à la surface à son tour.

- Pro... Professeur...?

En personne. Car qui d'autre que professeur Holtz aurait pu avoir faire preuve d'autant d'assurance dans le sauvetage d'un de ses élèves. Et puis... Pourquoi avoir sauvé Loup en particulier ? Serait-ce le signe que...

- Vous êtes là...

L'empreinte de la reconnaissance éternelle imprégnait la voix de Loup. On n'était même plus au stade de simples remerciements, c'était presque du niveau du divin. Mais que se passe-t-il ? Cette chaleur... Ce sentiment... Une nouvelle fois, quelque chose vient chambouler son être du plus profond qu'il est possible que ce soit.
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Mar 30 Juil - 14:38
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Elijah Holtz
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Loup était pétrifié. Recevoir mon baiser avait visiblement chamboulé l’étudiant bien davantage qu’anticipé. Venais-je de bouleverser des principes religieux en lui offrant un décalqué d’intimité purement masculine ? Je n’y avais pas songé. L’exemple que je venais de proposer n’avait rien de sentimental ou de personnel. Le cadre était entièrement professionnel. J’avais bien indiqué la nécessité de faire la distinction entre ce qui se déroulait sur un plateau et la réalité. Et pourtant, il paraissait au bout de sa vie, le regard perdu dans le vague. Je claquais des doigts devant son visage en espérant que cela suffirait à réveiller cette Belle au Bois Dormant aux yeux grands ouverts. Une réaction, allez !

- Hey ! T’es toujours là ?


Ne me dites pas qu’il était plongé dans un état catatonique ! Je perçois de là les gros-titres du journal local du lendemain : « Un professeur de Blackwell condamne son élève à un triste sort ! ». Ou autre déformation destinée à faire vendre le ramassis de conneries. Gêné, je me levai puis fis signe à Juliette de prendre ma place pour un nouvel essai. Peut-être que son charme suffirait à le ramener à la vie ?

**

- Loup ?!


Faisant du surplace près du rebord de la piscine, je tentais désespérément de lui faire reprendre conscience. Je n’avais encore jamais perdu un étudiant et ce n’était pas aujourd’hui que cela arriverait ! Il lui fallait bouger, montrer le moindre signe de vie, même si pour cela je devais me faire amputer la main à force de le gifler. Bon, je ne m’en servais pas non plus comme punching-ball. Quelle en serait l’utilité ? Je m’apprêtais à tendre son corps au maître-nageur pour que celui-ci le dépose au sec afin de lui administrer les gestes de premiers secours lorsque l’adolescent ouvrit enfin ses paupières et se mis à toussoter pour vider ses poumons ayant frôlés la noyade. S’ensuit un instant de confusion jusqu’à ce que les prunelles du métis me reconnaissent. Je lui adressais un large sourire, témoignage de ma joie extrême à le voir quitter les limbes. Mon soulagement était tel que je ne pus m’empêcher de resserrer brièvement mon étreinte dans un signe affectueux.

- C’est bien moi. Comment tu te sens ?

J’avais tout oublié des bras tendus de l’employé dans notre direction. Je me sentais responsable de lui plus que jamais. C’était mon rôle de prendre soin de lui, au-delà même de mon statut de professeur. Un lien ne peut que se tisser entre deux individus ayant vécu un tel scénario non ? Nous fûmes interrompus par un de ses amis qui nageait vers nous à toute hâte. Sa face était blême comme s’il venait de voir un fantôme. Il me semblait que des larmes de culpabilité parsemaient ses jours mais je ne pouvais en être certain étant donné le territoire dans lequel nous baignions.

- Est-ce que tu as la force de quitter la piscine par toi-même ?

Auquel cas, nous devrions lui prêter main-forte pour le tirer de là. Je cru entendre les protestations du maître-nageur qui m’ordonnait de me dépêcher un peu mais je fis la sourde oreille. Mon attention était entièrement mobilisée par Loup que je ne quittais pas des yeux. Le tableau de la louve protégeant son louveteau. Oui, c’était à s’y méprendre.
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Mar 30 Juil - 17:19
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- Professeur Holtz... Je n'ai pas envie de quitter la piscine.

Ainsi fut la réponse de Loup.
Et elle était vraie : il n'avait pas envie de partir de cet endroit. Sa réponse fut si ferme et calme à la fois, qu'elle n'eut plus rien à voir avec l'homme en train de se noyer, quelques instants plus tôt. Bien sûr, quelques salves d'eau et de chlore continuaient de quitter ses poumons pour atterrir sur le carrelage mosaïqué du bassin, mais tout semblait aller bien.

Le camarade de classe de Loup arriva, demanda comment ce dernier allait, secouant ses épaules comme pour s'assurer que oui, tout fonctionnait bien dans le corps de Fitzgerald.

- Ne t'inquiète pas, ça va. Oui, ça va...

À peine la fin de sa phrase achevée, le regard chocolat-noisette de Loup s'en retourna vers la chevelure dorée de son professeur. Son professeur... et désormais sauveur. Un Messie comme on n'en faisait plus. Et ce corps !... Mon dieu, ce corps. Loup s'était interdit, interdit de penser à ça. Interdit d'imaginer plus, de vouloir entrevoir l'attirail de maître sous cette couche de tissu. Seigneur ! Il en rêverait pourtant. Et il en a rêvé, bien trop de fois...

- ...

Quelque chose dérangea tout à coup le jeune Loup. Rien de terrible, vraiment. Mais quelque chose de suffisamment inattendu pour lui couper le souffle. Professeur Holtz avait resserrée une étreinte rassurée autour de son corps frêle, rapprochant les os de Loup entre eux, et faisant naître une sensation toute familière dans le fin fond de son lui-même.
Cette même sensation ressentie toutes ces fois. En classe, dans les couloirs, pendant qu'il mange, dans sa chambre le soir, dans son lit la nuit...

Oh non.
Ça ne va pas recommencer...

"Loup, tu es sûr que ça va ?"

- O-oui...?

Non. Non, ça ne va pas. Quelque chose ne va pas. Professeur Holtz !
Pro... fesseur... Hol.... .. ......

- Ne... At... Aah...

Le mal était fait. Loup déglutit bruyamment. Si bruyamment que plus aucun son émanant de la piscine ne put être plus fort que ce ravalement amer de salive. Loup le sentit, il le savait, son corps lui refaisait le coup.

Ses coudes se lèvent, cherchent à repousser le corps fort et musclé contre le sien. Il aimerait tant lui dire : "Professeur, je... Continuez s'il vous plait." Mais ce n'est pas possible, pas en de telles circonstances.

Une expression mélancolique et regrettable fit tomber le visage de Loup. Il souffla faiblement à l'oreille de son professeur bien aimé.

- Monsieur... Vous vous rappelez... Ce jour-là, en cours de cinéma... Quand vous... Quand vous m'avez embrassé. Après ça, je... Je n'ai plus rien dit. Ça a dû paraître bizarre, non ? En tout cas pour moi, ça l'était. C'était tout nouveau pour moi. C'était la première fois que je bandais pour un garçon. Professeur Holtz...

Mon corps est en train de recommencer.
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Sam 3 Aoû - 19:23
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Je me faisais du souci pour l’étudiant. Ce n’était pas évident émotionnellement de surmonter une épreuve où la mort nous avait frôlé. Je ne le savais que trop bien avec un père violent à s’en faire décrocher la mâchoire ou lors de rivalités de quartiers dans des endroits lugubres du Luxembourg. Ainsi, un instinct qualifiable de « paternel » se saisis de moi tandis que je tenais toujours le garçon dans mes bras. Comme si le bouger d’un millimètre risquait de causer sa perte. Dans le doute, je mesurais son état. Était-il en mesure de se mouvoir ? Se sentait-il le cœur à replonger dans l’eau chloré de la piscine qui s’était refermée autour de lui peu de temps auparavant ? À en croire sa réponse, celui-ci avait trouvé refuge dans mon étreinte et s’en contenait amplement puisqu’il refusait de la quitter. Cela risquait de devenir gênant à la longue, mais je pouvais patienter le temps qu’il reprenne ses esprits. Je n’allais pas le brusquer. Je le regardais reprendre peu à peu conscience de ce qui l’entourait, rassurer son ami qui se faisait un mouron du diable pour lui et rester sourd aux interrogations du maître-nageur. Rien ne semblait plus le préoccuper. À un détail près peut-être. Malgré mon regard scrutateur, je n’avais pas compris à quel point le sien me dévorait des pieds à la tête. Ou tout du moins… La partie supérieure, émergée. Aussi étonnant cela puisse paraître, je m’étais toujours moqué des coups d’œil lancés dans ma direction. Oui, je m’entretenais. Non, mon but n’était pas de faire tourner les têtes. Cependant, cela ne signifiait pas que l’effet séduction était en rade. Le service trois-pièces de Loup ne l’était certainement pas en tous les cas vu ce que je sentis pointer contre mes abdos. Ok, là c’était embarrassant à mourir. J’essayais de ne rien laisser paraître, me focalisant sur ses paroles. Malheureusement, elles ne m’aidaient clairement pas à faire abstraction de la réaction de son corps puisqu’elles relevaient presque d’une déclaration. Point positif : l’eau dissimulait les faits et les individus autour de nous retournaient à leurs activités. Pas de témoin. Du moins l’espérais-je.

- Loup…, commençais-je. Lors du tournage j’ignorais que tu n’avais jamais… Je ne veux pas que tu interprètes ce qui s’est passé comme étant une quelconque avance de ma part. Je cherchais exclusivement à vous aider Juliet et toi. On est d’accord hein ?

Je dois avouer que je commençais franchement à paniquer. Jamais auparavant on ne m’avait fait ce coup-là. Une fine lueur d’espoir me fit croire à la possibilité que le garçon me faisait tourner en bourrique pour me taquiner. Mais cela relevait sûrement de la naïveté de ma part. Désormais, j’avais l’impression d’être le mec le plus atroce existant sur cette planète. Remettre sur le droit chemin un adolescent ayant juste menacé de perdre la vie… Mon moment de gloire n’avait été que de brève durée. Cependant, je ne pouvais pas laisser cela continuer. Si seulement je faisais fausse route ! Je préférais encore me ridiculiser plutôt que de l’entendre confirmer mes doutes.

- J’ai peut-être mal compris. Excuse-moi si c’est le cas. Ça m’arrive d’être stupide, avouais-je en pouffant.

Oui, essaye de détendre l’atmosphère Elijah. T’as du travail pour y parvenir… Je choisissais cet instant pour lui indiquer de se maintenir au rebord. Je lâchais prise afin d’instaurer une distance correcte entre nous. De nervosité, je passais ma main dans mes cheveux. Clairement, je ne gérais pas. Malgré que nous ne soyons plus en couple désormais, je ne pus m’empêcher d’imaginer Teddy à ma place. Sûrement aurait-il déjà fait semblant de se noyer à son tour pour mieux prendre ses jambes à son cou. Cela aurait été tout en son honneur et sûrement aurais-je dû faire de même.

- Tu devrais rejoindre ton ami. Mais fais attention. Je ne pourrais pas être là à chaque fois !
dis-je dans ma tentative pour prendre la fuite.
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Dim 4 Aoû - 15:30
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Ce n'était pas la première fois que le corps chétif de Loup réagissait à la vue d'un autre. Que ce soit celui d'une femme, ou d'un homme. Il y a toujours eu quelque chose de fort en Loup, et qui poussait son dedans tout entier à répondre face à un contact un peu trop intime pour le jeune homme. Intime étant un terme facilement atteignable avec quelqu'un ayant autant de pudeur que Loup Fitzgerald.

- Je suis tellement désolé.

Et il l'est. La vérité étant que ses excuses sont d'autant plus adressées à son amour-propre qu'à la réelle attention d'Elijah.

Une érection en plein dans les bras de son professeur de cinéma. À qui d'autre sur terre, cela est-il arrivé. Loup voudrait crier à son corps d'arrêter, de cesser ça tout de suite. Que le sang retourne en haut, et que cette proéminence bien trop embarrassante au niveau de ses reins, se taise. Oh oui, son bassin peut sentir le relief du torse au tuteur cinématographique. Oh oui, c'est une sensation plutôt agréable dans un sens. Mais Oh que non, pour rien au monde il ne souhaite que cet événement s'ébruite.

... Et si professeur Holtz répandait le fait ? Et si, en sortant de cette piscine, tout le monde à Blackwell et dans toute Arcadia Bay, saurait ? Ce serait le début d'un cauchemar sans nom.

Sous les mots d'Elijah, que Loup n'entend pas tellement, il sent sa gorge se tordre d'amertume. L'amertume qui précède le sanglot, ce dernier remontant lui-même le long de son gosier, noyant son palais tout entier d'un goût âpre et regrettable.

S'il pouvait s'enterrer mille mètres sous terre, ou bien retourner se noyer, nul doute que Loup le ferait. Et il l'aurait fait ! si son camarade n'était pas venu déposer une serviette de bain sur ses épaules, tamponnant sa peau humide puis sa crinière ébouriffée.

Le métisse profita de ce pain béni pour recouvrir son péché dressé.

Assis au bord du bassin, le visage de Loup demeurait en une éternelle expression d'un homme mitigé entre le traumatisme d'une catastrophe et la honte de s'en être sorti. Peut-être aurait-il préféré ne jamais être sorti des eaux.

- Vous... Vous ignoriez...

Qu'il répète, comme mortifié. Quel genre de professeur fait quelque chose d'aussi intime que d'échanger un tendre baiser avec l'un de ses élèves, à moins pour lui faire la cour ?

- Ça veut dire que vous... n'avez pas de sentiments.

Il va falloir assumer. Et il va falloir encaisser, pour le jeune Loup qui a offert (ou plutôt, cédé) son premier baiser avec non seulement un homme, mais en plus un homme pour lequel son cœur bat déjà trop fort.

À la surface de l'eau, ses pieds décrivent des cercles troubles et en colère. La voix de Loup tremble, partagée entre culpabilité et rancœur.

- Vous pouvez pas imaginer combien j'ai... À quel point ça a été... Tous les jours j'y pensais. Je... J'ai... Tellement de fois j'ai...

Car il fallait bien soulager ce fantasme et cet idéal qui avaient fini par badigeonner le souvenir de ce baiser de trente secondes. Loup en avait rêvé autant qu'il en avait cauchemardé.
Maintenant, professeur Holtz lui révélait que ce n'était rien d'autre que dans le cadre d'un tutoriel.

D'un geste vif et plein de reproche chagriné, le visage de l'étudiant abattu se tourna vers celui de son interlocuteur. Son interlocuteur, et ancien béguin.

Pleurait-il ? C'était impossible à dire, tant l'eau de la piscine couvrait encore trop ses traits juvéniles.

- J'ai... J'ai eu du désir pour vous. Je croyais que vous... Que c'était vrai.
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Dim 4 Aoû - 19:09
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Elijah Holtz
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La situation tournait au désastre. La mission sauvetage était désormais métamorphosée en un blâme redoutable dont j’étais le destinataire. Loup tentait de se contrôler mais tout dans sa voix serrée et ses pieds battant la surface de l’eau révélait la crise qui faisait rage en son for intérieur. Je n’avais jamais soupçonné son attirance envers moi. Tient, ça me rappelle quelque chose. Oui… Alec. À croire qu’en-dehors de Teddy dont les émotions étaient aussi évidentes que le nez au milieu de la figure, j’étais aveugle au charme que j’exerçais sur la gent masculine. Mais vraiment… Comment était-ce possible ? Je n’avais que peu discuté avec l’étudiant si ce n’est pour ses projets et travaux. Rien de personnel aussi loin que ma mémoire me ramenait. Sûrement n’étais-je qu’un vulgaire crush disproportionné par l’innocence du garçon. Tout le monde s’était déjà retrouvé dans une situation similaire même si en général cela n’allait pas aussi loin. Et il fallait que ça tombe sur moi ! Je n’avais jamais laissé sous-entendre qu’un rapprochement était possible. Pour cause : j’avais été avec l’enseignant de musique presque de A à Z cette année. Disons de B à Y. À moi l’honneur de patauger misérablement dans cette tempête sentimentale immature dont je ne parvenais pas à me sauver par mes propres moyens. Pitié, une bouée de secours ! Anyone ? Ses yeux lançaient des éclairs comme si j’avais commis la pire des trahisons. Ce qui était le cas pour lui vraisemblablement, mais qui me prenait, moi, complètement de court. Prions pour que ça ne me retombe pas dessus un jour ou l’autre par je ne sais quel biais. Lui sauver la vie ne me donnait pas le droit à quelques crédits hein ? Bon sang.

- Je n’en avais pas la moindre idée. Vraiment. Je ne me serais jamais permis de t’embrasser si j’avais soupçonné ne serait-ce qu’une seule seconde que…, dis-je péniblement tandis que seule ma tête sortait de l’eau.

Au temps pour mon discours concernant la séparation entre le personnage et l’acteur. Visiblement, Loup avait entièrement sauté ce chapitre que j’avais pourtant rabâché lors de ce fameux tournage. Je me sentais malgré tout coupable de le plonger dans un tel état de déception, brisant ses rêves. Mais que pouvais-je bien y faire ? Lui confier que j’étais en couple (même si techniquement faux désormais) ne l’aiderait en rien. Au contraire. D’ailleurs, n’était-ce pas connu de tous à Blackwell ? Les ragots ne manquaient pas d’après ce que j’avais compris. Les bruits de couloir vous savez… Teddy et moi étions si peu discrets en dépit de nos efforts.

- Qu’est-ce qui t’as emmené à penser que c’était réciproque ? En-dehors du baiser je veux dire.

Oui, je prenais d’ores et déjà des notes pour mes prochaines années d’enseignements dans ma liste des choses à ne pas faire. Ce ne serait pas un mal que de me servir de toute cette histoire pour ne pas que cela se reproduise. Je n’avais jamais fantasmé sur le délire du professeur avec son élève et ce n’était pas demain la veille que cela changerait. J’avais déjà checké celui du collègue. Un peu de tenue tout de même ! Plus sérieusement, n’y avait-il pas un moyen pour que je disparaisse soudainement ?

-  Je sais que ça paraît impossible mais… Ça passera. Tu trouveras quelqu’un de plus adapté, quelqu’un de ton âge qui te verra de la même manière que tu le perçois. Tu es encore jeune, ça viendra. Il m’a fallu une éternité pour trouver quelqu’un qui…

… qui soit parfait pour moi. À cela près que ce « quelqu’un » m’avait trompé dans mon propre appartement. Dans tous les cas, il aurait mieux fallu que je m’interrompe à la phrase précédente. Peu importe, elle voulait tout et rien dire. Et puis… Elle n’était plus d’actualité. Même si je réalisais une fois de plus à quel point je demeurais éternellement sous le charme du musicien. Il avait dû me jeter un sort. Unique explication rationnelle à cela.
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Dim 4 Aoû - 20:54
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Pourquoi professeur Holtz n'avait-il pas pris la précaution de demander avant de commettre son geste bouleversant ? Lui qui était si impeccable aux yeux du jeune Loup. Lui qui ne pouvait qu'être infaillible en tout point de vues. Son étudiant se sentait meurtri au-delà des mots.

- Je... Je ne vais pas vous faire l'affront de vous dire qu'il est préférable de demander avant de faire quoi que ce soit. Même s'il s'agit d'embrasser. Surtout s'il s'agit d'embrasser.

Il n'a pas la moindre force d'articuler un reproche aussi long, et peut-être... infondé. Professeur Holtz a demandé l'autorisation, mais pas si Loup l'avait déjà fait. Cette petite différence que personne n'aurait pu prévoir avait chamboulé Loup du plus profond de son être. Déjà qu'il se sent comme un gouffre en ce moment... Son cerveau n'avait tout simplement rien enregistré aux mises en garde du professeur quant à la séparation du jeu et de la réalité.

Son regard indigné fuit vers le lointain, là où des têtes couvertes de bonnets de bain chahutent dans l'eau.

Il réfléchit à la question d'Elijah. 

- J'y ai cru parce que personne ne m'avait jamais embrassé avant. Pourquoi vous alors ? Je me suis fait des films.

L'imagination n'est-elle pas le plus grand pouvoir des créateurs ? Loup découvrait de façon inattendue qu'elle pouvait également être leur plus grand point faible.

- S'il vous plaît... Ne dites rien à personne. Faut pas que les gens sachent...

Ses cuisses se pressèrent l'une contre l'autre, accablées par le poids soudain de la honte. Loup pouvait toujours très bien sentir la manifestation évidente de son bas-ventre, une serviette ne suffirait pas à dissimuler assez un désir aussi prononcé. 
Il aimerait que ça s'arrête. Et il aimerait que son professeur de cinéma n'ait jamais existé.

Loup devrait se punir de penser une telle chose. Il se sent trop stupide d'avoir laissé son esprit divaguer à ce point. Bien sûr qu'aucun signe de professeur Holtz n'avait fait allusion à des avances. Mais il a suffi d'un baiser, son premier et le seul, pour que son imagination fertile fasse le reste.

- Vous... me détestez ?...

Cette question qui relevait du registre de l'enfant crédule était le dernier rempart avant l'éclat d'une crise.
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Lun 5 Aoû - 17:21
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Elijah Holtz
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En effet, on pouvait certifier que Loup s’était fait des films. Et pas qu’un peu. Je n’aurais jamais soupçonné que cela m’arrive un jour. Trop crédule sûrement. Le mieux serait d’éviter d’approcher de trop près mes étudiants à l’avenir. Mais comment les aider si, comme Juliette et mon interlocuteur, ils peinaient à rendre une scène romantique crédible ? Mes bonnes intentions avaient conduit au désastre et je devais maintenant en payer les pots cassés. Je n’étais qu’un fantasme pour lui. Le rêve du prince charmant qui au bout d’un premier baiser vous promet une fin heureuse et de nombreux enfants. Il aurait sérieusement besoin de prendre en maturité pour ne pas revivre une telle déception. Lui-même reconnaissait que je n’y étais pour rien en soi. Mon enseignement avait certes porté à confusion – pour lui – mais au-delà de ça je n’avais pas aidé à alimenter son imagination. J’étais attristé. Une première expérience terminant au désastre était toujours l’une des pires et pouvait vous marquer pour un long moment. Demandez à Alec. Je soupirais, puis l’écoutais reprendre la parole. Cette fois, ses mots formèrent une supplique. L’adolescent mourrait déjà de honte et me priait pour ne pas en rajouter une couche. Comme si j’allais l’annoncer à tous les journaux de la région. En vérité, je préférais oublier cette histoire plutôt que de la propager.

- Ne t’en fait pas. Je serai muet comme une tombe. Compte sur moi.

Je lui lançais un sourire timide. Oui, je craignais que le moindre de mes mouvements ne prêtent à confusion. Il y avait de quoi devenir paranoïaque vous en conviendrez ! Je m’apprêtais à nager jusqu’au côté opposé du bassin lorsque le garçon m’interrompit à nouveau. Le détester ? Je n’avais plus quatre ans ! J’avais beau être sur le cul – pardonnez-moi l’expression – je n’allais pas me comporter de manière aussi puérile ! Je fronçais les yeux, perplexe.

- Non. Du tout. Il n’y a aucune raison pour qu’il en soit autrement puisque tu n’as rien fait de mal. Je pense que tu devrais rentrer te reposer un peu. Tu as déjà eu suffisamment d’émotions pour aujourd’hui.

Et j’allais en faire de même. Je n’étais plus du tout d’humeur à nager, même pour soulager mon corps meurtri. Regagner le calme de mon appartement me ferait le plus grand bien, m’écroulant lourdement sur mon canapé. Avec tout ça, j’avais de quoi méditer jusqu’à la prochaine lune. Bien entendu, je ne parlerai de tout ça à personne. Déjà d’une je ne discutais plus avec Teddy, et de deux, dire qu’un étudiant ayant le béguin pour moi avait eu une érection contre mon torse… Disons que ça ne laisserait pas la meilleure impression. Si seulement remontait aux oreilles de Wells, je risquais d’avoir des ennuis et c’était bien la dernière chose dont j’avais besoin actuellement. Pas sûr que mon moral tiendrait le coup moi qui peinait déjà à me sortir du gouffre. Tout était dans les apparences et encore, parfois la vérité prenait le dessus à travers ma mine défaite.

- Je te laisse avec ton ami.

Un signe de main, puis je partais jusqu’à l’échelle la plus proche des vestiaires. En sortant de l’eau, je jetais un dernier regard vers Loup qui ne semblait pas m’avoir quitté des yeux. STOP IT. Et il fallait évidemment que je m’exhibe à moitié nu devant lui. Dans le genre acharnement du destin franchement… Au moins, je devais lui apparaître en miniature. À moins qu’il ait amené sa longue vue ? Si oui, je m’étais peut-être trompé sur l’origine de la bosse dans son maillot de bain ! Eli… Ce n’est pas le moment de blaguer. Tire-toi de là ! Être professeur n'était décidément pas la vocation la plus simple de cette planète...
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