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 Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]

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Kyle Davis
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Ardoise (dortoirs):
MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 5 EmptySam 23 Mar - 0:37

Cette tension qui perdurait entre eux n'était pas aussi dérangeante que ce qu'elle avait pu être un des deux autres soirs, pour autant, elle en était peut-être plus prononcée. Elle lui semblait moins agressive, mais impossible à définir. Si Charles lui semblait nerveux, toujours, Kyle l'était bien moins. Il ne réfléchissait pas, laissait s'écouler les secondes, se berçait tout comme son camarade dans le calme du silence et dans cette lueur qui noyait ces prunelles d'acier face à lui. Il retint à grand peine le frisson qui naissait dans son dos, juste à voir se fermer les yeux de son Grenouille, à sentir ses doigts caresser sa peau. Il ne dit rien pour rompre ce qui s'instaurait, ne le désirait pas non plus, encore moins lorsque les mains familières, étrangères tout autant, passèrent sur son cou. À le voir rougir, il eut envie de ricaner, mais le son ne franchit jamais sa gorge, qui vibra à peine dans un souffle, et il vint retracer la mâchoire de son compagnon du pouce. Les mots semblaient de trop, c'était vrai, mais c'était la seule chose connue à laquelle il pouvait se raccrocher, et il le faisait, même si sa voix baissait, son ton s'amenuisait, et ses mots ne trouvaient plus de tournures élaborées. C'était inutile. Les longues phrases, c'était tout juste bon pour se cacher derrière, et il n'en ressentait pas le besoin.

-J'préfère les tiens, lâcha-t-il sans plus de développement que son aîné n'en avait fait.

C'était étrange pour lui dans le sens où ce qu'il disait était vrai. Il avait pour habitude de mentir, mais ce n'était pas là le plus étonnant. Ce qui l'étonnait, c'était de vraiment le ressentir, le penser, que ces yeux-là lui faisaient quelque chose, et qu'aucun autres ne l'avaient fait. Il releva machinalement le menton de son camarade, de l'index, contempla un instant son visage qu'il saurait, à ce rythme, dépeindre par coeur, les pommettes rougies, mais son regard dévia sur ses lèvres une fraction de seconde à peine avant qu'il n'en vienne à l'embrasser. C'était tout aussi arbitraire que la première, la deuxième, toutes les autres fois. Pourquoi à cet instant plutôt qu'à un autre, c'était inexplicable. Ça, il le voulait, et pourtant il n'avait jamais voulu grand chose. La part la plus sournoise de son esprit remerciait Richard d'avoir tiré sa révérence pour la soirée. L'autre se contentait d'apprécier.
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Charles Macaulay
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MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 5 EmptyLun 25 Mar - 16:40

(Ptdr pauvre Richard)

Le jeune homme n'eut pas le temps de répondre aux paroles de Kyle car le plus jeune l'embrassa en plein sur la bouche, avec une douceur que ses mots habituels ne laissaient pas transparaitre. Le coeur de Charles rata un battement et il se mit à faire pression de ses mains dans le cou de Kyle : mains glacées contre peau chaude et douce. Ce n'était pas comme les autres fois, où Charles s'était contenté de l'embrasser pour éviter de se faire étrangler, par esprit de contradiction, comme un gosse mal élevé. Ici, maintenant, tout était emprunt d'une douceur sous-jacente qui peinait à rester en place, terrassé par le désir qui naissait entre les mains de Charles. Même lui n'était pas aussi ivre qu'il ne l'avait été à l'accoutumée dans ces moments. Il ne titubait pas, parlait encore dans une langue compréhensive, et agissait sans réfléchir. Une main dans son cou, qu'il se mit à caresser de ses doigts de pianiste, comme il en venait à toucher son instrument. Du Chopin sur la peau de Kyle, du Beethoven quelque part dans le coeur. Il se détacha du plus jeune avec un petit sourire embarassé sur les lèvres.

- Faudra trouver un autre truc à aimer chez moi, parce que les yeux sont déjà pris par toutes les serveuses du pays.

Un rire nerveux, néanmoins amusement véritable, et sa main descendit dans le dos de Kyle, par-dessus les vêtements, tandis que l'autre découvrait les courbes du visage du plus jeune. C'était un voyage en terre inconnue.
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MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 5 EmptyLun 25 Mar - 19:32

C'était doux, et c'était sans doute cela le plus étrange pour lui. Il n'en avait plus l'habitude, de la proximité certes, mais davantage encore de l'affection. Il ne se rappelait pas de la dernière personne par laquelle il s'était à ce point laissé approcher, ni même quand cela avait pu être. Pas durant les cinq dernières années, c'était certain, et même sa propre sœur lui semblait à ce jour plus hostile que les bras de son aîné. S'il avait craint de le sentir lui filer entre les doigts, une seconde à peine après avoir amorcé le geste, il fut amplement satisfait de constater que ce n'était pas le cas. C'était différent du banc, différent de la chambre de Charles, seul persistait ce goût d'alcool contre ses lèvres, moins marqué. Il manqua d'en rire, en réalité, incrédule peut-être, le coeur gonflé d'un trop plein de quelque chose qui menaçait de l'en étouffer. Et ça aussi, c'était étrange, de sentir les mains froides contre sa peau, les doigts fins pianoter sur son cou sans qu'il n'en ait pour autant envie de le repousser au loin. Lui-même avait poussé sa chance jusqu'à la clavicule marquée de son Grenouille, trop apparente pour quelqu'un qui serait en pleine santé. Il se sentit frémir, et s'entendit malgré lui grogner à mi-voix lorsqu'il le vit reculer. Ce sourire qu'il voyait aurait pu le tuer, si fin, tellement plein de gêne, et pourtant jamais son compagnon ne rompit la distance, et il eut la surprise au contraire de sentir une main curieuse dans son dos.

-Tss, qu'elles essaient, pour voir... Il doit me rester un peu de patience pour réduire d'autres numéros en charpie, souffla-t-il sans hausser le ton, rieur, comme pour ne pas rompre ce calme à peine instauré: J'adore tes mains, sinon, idiot, mais je prendrais ce que tu veux bien m'offrir.

Il s'employa à rouler des yeux, faussement théâtral, mais comment pouvait-il seulement s'employer à être crédible quand il affichait un visage si loin de la glace coutumière? Le pire était qu'il n'y prêtait pas attention. Il observait, laissait faire, s'égrener les secondes les une après les autres, les gestes un à un. C'était ce qu'il faisait de mieux, scruter, détailler, caresser du regard davantage que des mains, ou alors était-ce la seule chose qu'il maîtrisait. Il était perplexe, exalté, fébrile et calme, tout à la fois, et attrapa le poignet fin de son ami -ami, bien sûr, même lui n'y croyait plus depuis longtemps-, pour le seul plaisir d'appuyer sa paume contre la sienne, songeur, rêveur même, contemplant sa fraîcheur et l'élégance de ses doigts.
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MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 5 EmptyLun 25 Mar - 20:14

Ses mains. Ses doigts qui étaient habitués au rude touché du piano, aux trilles, aux envolées vers les aigus, tant de cadences évitées qui se transposaient si bien contre la peau de Kyle. Après tout, l'affection, la musique, tout se reliait quelque part, mais plus Charles tentait d'y réfléchir et plus ce rapprochement lui semblait flou. Il avait du mal à penser tant le moment était tendu. Il marchait sur un fil qui lui lacérait les pieds, et en bas le narguaient des ténèbres dangereuses. Le tout était de se laisser tomber pour le plaisir de la chute, et voir ce qui adviendra de la suite. Charles remonta ses deux mains sous la mâchoire du plus jeune et il l'embrassa à son tour, aveuglé d'un sentiment qu'il ne pensait pas connaitre aussi bien. Sans tomber dans le lyrisme à outrance. De nouveau, il prit un peu de distance.

- Je n'ai pas grand chose à offrir.

C'était la stricte vérité. Qu'était Charles, sinon un vaste océan d'abus et de tristesse, de noirceur sans fond, de pathétique et de médiocrité ? Il n'avait pas plus à offrir que ses débrodements d'ivrogne, ses ongles rongés, ses cigarettes à la chaine et des marathons de la faim. En revanche, Kyle, lui, lui offrait une mer de possibilités extraordinaires que Charles n'aurait jamais espéré trouver chez quelqu'un d'autre. Tout comme lui, il n'avait pas été sujet à une telle effusion de tendresse depuis longtemps. La dernière personne en date avait été Clothilde, et entre elle et lui, il n'y avait rien eu de plus que des parties de jambe en l'air défoncés et ivres, à moitié fous.

- Je n'ai pas grand chose, répéta-t-il en se dégageant davantage sans donner d'explication, l'air sombre.
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MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 5 EmptyLun 25 Mar - 20:45

La tension persistait, d'une toute autre sorte, à croire qu'ils ne parvenaient jamais à alimenter une atmosphère tout à fait sereine. C'était après tout difficile à acquérir, ce genre de chose, plus encore pour eux, qui étaient tant des étrangers l'un à l'autre que de proches complices comme ils pouvaient le laisser voir. La confiance venait avec le temps, et si elle était bien présente, elle était mince. Avec elle, la sécurité, encore une fois de la partie mais maigre et volatile. Kyle n'avait pas l'audace de dire qu'ils seraient capables de vivre ce que les écrans, les romans laissaient sous-entendre. Il ne croyait pas en cela, mais davantage en cette impression tenace qu'il ne voulait jamais que tout cela ne s'arrête. Dans le silence relatif, il se fit surprendre par le baiser amorcé par son compagnon, cette fois-ci, se laissa décontenancer par cette vigueur nouvelle, par ces mains qu'il lui semblait apprécier toujours davantage. C'étaient des mains d'artiste, mais elles étaient aussi damnées que les siennes. Cela avait un aspect réconfortant. L'un n'irait jamais entacher l'autre s'ils étaient tous deux marqués par l'encre indélébile du crime. Il eut un souffle, très bref, battit des cils comme pour s'éveiller, vint frotter sa joue d'un geste enfantin comme pour masquer une certaine timidité pendant que Charles creusait l'écart entre eux.

Le plus jeune pencha la tête, de manière notable, retraça des yeux l'expression qui se rembrunissait sur le visage de son camarade, et il laissa filer un rire qui n'avait de rire que le nom. Il glissa une main contre sa nuque, lui offrit un peu d'espace le temps qu'il le désirait, et il finit par hausser les épaules d'un geste des plus neutres.

-Peut-être. J'en sais rien, et je me fous bien de le savoir, au fond. T'as supposément pas grand chose, mais tu m'en as donné plus en trois jours de présence que d'autres en une vie, Grenouille
, lâcha-t-il d'une voix qui se voulait aussi détachée qu'à l'accoutumée: T'as raison. T'as rien à m'offrir, et je n'en ai pas besoin. J'ai juste besoin de savoir que t'existes.
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MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 5 EmptyMar 26 Mar - 18:47

Soudain, sans pouvoir l'expliquer, Charles se tourna très las. Il laissa ses mains retomber le long de son corps et baissa la tête. Pourquoi cette soudaine et stupide envie de verser d'autres larmes, encore ? Il redressa les épaules, plein d'un feint aplomb aphone, mue d'un sentiment trop grand dont il ne savait que faire. Il reçut la caresse de Kyle sur sa joue sans donner de résistance ni donner de réaction. Ses mots, plus encore que ses gestes, l'emplirent d'une tristesse sans borne. Il n'avait rien à offrir et il sucait l'énergie des autres comme un vampire. Il n'existait même pas, au fond.

Il y avait trop de mot et pas assez de tournures pour exprimer ce qu'il voulait exprimer. Il releva la tête - toujours ce faux aplomb un peu pitoyable - et servit à Kyle un de ces regards dont il avait le secret, emprunt de mélancholie et d'une colère sous-jacente, qui ne ressortait nul part sinon au fond de ses prunelles. Il saisit les mains de Kyle et s'assit dans le canapé, une jambe repliée contre son torse. Il n'avait pas l'air vulnérable, mais offrait un peu le même spectacle que les blessés de guerre quand ils rentraient au pays. Il laissa passer un moment, car il ne voulait pas mettre de mots inutiles sur le moment. Simplement le laisser passer et s'envoler avec le reste des émotions présentes.

Le silence fut long. Kyle savait toujours quoi faire pendant le silence. Il n'était pas du genre à le briser, mais Charles lui laissa le temps de trouver les mots s'il voulait les dire.

Il se rendit alors compte que si Kyle savait pour tout (le meurtre, les meurtres, le sang, la perversité de son ancienne classe de grec, et maintenant Richard, aussi), lui ne savait rien. Il aurait voulu savoir. Tous deux avaient tué, mais il y avait autre chose.

- Tu... Tu penses qu'on ne se répond aussi bien que seulement parce qu'on a tué un homme ?

Mais les mots dépassaient la pensée. Il avait autre chose à dire. "Tu crois que le sang sur les mains délivre de quelque chose ?" Il avait en tête de vieilles phrases de Henry.
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MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 5 EmptyMar 26 Mar - 20:46

Il commençait à vraiment y être habitué, à ces changements d'humeur plutôt brutaux, qu'ils soient vers la tristesse ou la colère. Il paraissait y répondre par une placidité encore plus implacable, fidèle à lui-même, inchangé, mais il contempla son camarade avec un air plus intrigué, davantage tourné vers la compréhension de ce soudain abattement. Il observa la courbe de sa nuque tandis que Charles était prostré, se plongea dans ses prunelles pleines de noirceur, pourtant grises et ternes, sans jamais se laisser avoir par cette assurance factice, ces faux-semblants qui l'ennuyaient. Mais avec son camarade, cela l'ennuyait moins, le froissait davantage qu'avec les autres, pour l'unique raison qu'il ne voulait pas qu'on lui mente. Que lui, en particulier, lui mente sur ses états d'âmes. Puisque le silence semblait être la bonne réponse, pour cette fois, il se tut, retourna à son aîné un regard de marbre, comme à l'accoutumée. C'était davantage comme eux, comme les fois d'avant, et pourtant tellement différent juste par leurs mains qui se retrouvaient de nouveau. Il se laissa mener sans opposer une once de résistance, et vint s'assoir près de lui sur le canapé. En tailleur, savamment installé de biais pour pouvoir garder le visuel qui lui importait tant, il se contenta de regarder, détailler, et laisser les mots mourir. Il n'avait pas lâché l'une des mains de son Grenouille, dont il ne pouvait s'empêcher de toucher les doigts, s'amuser de leur finesse et des gestes.

Il s'était presque fait prendre dans le cercle du calme, distrait, releva des yeux plus alertes sur Charles, et il lui fallut quelques secondes supplémentaires pour bien intégrer ses paroles. Il lâcha un soupir, bref, parvint par une quelconque souplesse à s'allonger lourdement sans pour autant lâcher sa prise, et il haussa les épaules sans grande conviction.

-Je n'en sais rien.


Ces mots seuls ne voulaient pas dire grand chose, il en avait conscience, mais il regardait désormais son compagnon avec davantage d'intensité, retraçait encore son visage, comme si quelque chose avait pu y changer durant le laps de temps qui séparait leurs paroles. La contrariété peignait ses prunelles, ainsi qu'un peu de désorientation. Il n'avait pas de réponse claire à ça. Pourtant il aurait voulu en avoir une, et il la cherchait. Il glissa ses doigts sur le poignet de Charles, reprit la parole pour nuancer:

-Je pense que ça a aidé à... Certaines choses. Mais il ne doit pas y avoir que ça
. (Il ne le regardait plus en face, suivait du doigt et du regard les veines qui transparaissaient sous la peau pâle du pianiste.) C'est toi, pas tes actions, qui fait que je te répond. J'en ai vu d'autres, qui ont tué, et ils étaient aussi ennuyeux que des pierres. Et toi? T'en penses quoi, au juste? Quand on a discuté, le premier soir, on ne savait pas. Tout ça. Et pourtant on a parlé, un moment même...

Il ne mentait qu'à moitié seulement, après tout. Il avait continué à parler, ce soir là, parce que la curiosité avait perçu de quoi se satisfaire. Mais suite à cela? Après tout, ils étaient tout deux sur le canapé, désormais, encore ensemble à discuter, alors même qu'aucun secret ne retenait l'attention du plus jeune. Plus vraiment, du moins. Cela aurait aussi bien pu s'arrêter là, mais ce n'était pas le cas. Il avait même du mal à envisager l'idée.
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MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 5 EmptyMar 26 Mar - 21:07

Charles regardait Kyle jouer avec ses doigts sans rien dire. Il repensait à Henry, quand celui-ci s'occupait tranquillement de son potager. C'était retourner à la période où Charles commençait à se laisser dépasser par sa consommation d'alcool. Il sombrait rapidement, et Henry, lui, prospérait étrangement. Charles revoyait son dos carré, ses épaules hautes, son air calme et ses mains occupées à divers travaux de jardinage intensifs. Il avait levé ses yeux calmes vers Charles et avait souri, chose qu'il ne faisait que rarement, du moins pas avec tant d'honnêteté. "Ah, c'est toi," avait-il dit. Ils avaient commencé à parler du meurtre. Charles était en colère, hors de lui, et son ami restait aussi calme que l'eau d'un lac.

- Henry m'avait dit, peu de temps après l'accident de Bunny, qu'auparavant sa vie n'avait été qu'ennui mortel et platitude douloureuse. Mais que le voile s'était levé la nuit où il avait tué ce fermier. Qu'il y avait découvert une raison de vivre. Comme si côtoyer la mort la rendait plus compréhensible et plus acceptable.

Il se tut un instant, leva son regard jusqu'au plafond.

- Je crois que j'étais plus ou moins d'accord avec lui. Mais moi, j'ai aussi cette colère qui m'étouffe, tu vois. Comme si on avait brisé une règle fondamentale de l'univers en prenant la liberté de couper court à l'existence d'un homme. Avec le fermier, c'était facile. On ne le connaissait pas, il n'avait qu'été le fruit d'une expérience dangereuse et grisante. Mais Bunny ? C'était notre ami.

Il s'accorda une petite pause et décida qu'il était temps de poser la question.

"Qui as-tu tué, toi ?"
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MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 5 EmptyMar 26 Mar - 21:26

Il avait à demi fermé les yeux, songeur, avec cette attitude paresseuse qui masquait en réalité très peu le fait qu'il était d'une attention extrême, qu'il écoutait et filtrait les phrases avec soin. Il ne cessait pas ses gestes, qu'il trouvait plutôt apaisants, et au moins avaient-ils le mérite d'occuper ses mains pour éviter qu'elles ne gesticulent dans tous les ses pendant qu'il parlait. C'était amusant. Le dessin bleuté, délicat, sous sa peau. Pourquoi était-ce bleu, d'abord, si le sang était rouge? Il en était encore à ce stade des interrogations, sur de nombreux aspects de sa vie. Il ne le formula pas à haute voix, comme tant d'autres questions stupides, et préféra presser son pouce sans violence contre sa peau pour ressentir le pouls régulier. Car ils parlaient de meurtre et de douleur, mais Charles était bien vivant, lui. Pour la douleur, il était moins certain. Tout en l'écoutant conter les histoires d'Henry, qui lui devenait aussi familier qu'un personnage d'un roman apprécié, il se surprit à trouver sens à ces paroles. Oh, oui, n'avait-il pas lui aussi connu, vécu l'ennui le plus profond jusqu'à l'explosion qui avait embrasé ses sens? Mais pour sa part, cela ne rendait rien d'acceptable. Le voile était retombé sitôt levé, pour ne laisser que la plate et morne existence.

-Hm... Je peux comprendre, et à la fois j'ai du mal à le faire. Chacun doit réagir différemment, j'imagine, et le fait que ça ait été ton ami...
(Ses doigts remontèrent le tissu d'une manche, effleurèrent le pli du coude, et il ne fut pas étonné d'y trouver d'anciennes traces d'aiguille.) La colère, c'est très humain. Ce n'était pas une phase du deuil, de toute manière? Mais t'es en colère contre quoi, au juste, toi, vous tous, vos actions, ou le fait que ce soit Bunny qui soit tombé?

Il avait repris ce ton neutre, berçant bien que mécanique, mais ses doigts se crispèrent soudain sur la peau de son compagnon, et il s'en fallut de peu pour qu'il se retienne d'y planter les ongles. Il le fixa, un instant, en silence. Sa réaction était moins violente qu'au café. De l'eau avait coulé sous les ponts. Il prit le temps de s'installer plus confortablement, ne lâcha encore une fois pas sa prise ferme, mais son bras libre vint repêcher une peluche, comme s'il allait se cacher par sa seule présence. Malgré lui, il revit sa sœur, son expression, et d'ailleurs l'expression de tous les autres, et la perspective que Charles put avoir la même lui glaça le sang. Il resta silencieux, un temps, deux temps, rouvrit la bouche lorsqu'il jugea que le silence était plus déplaisant que la réponse:

-Des amis. Je crois. Du moins, il me semble que c'est ce que les gens pensaient qu'ils étaient censés être...

Il était soudain bien moins expressif, moins disposé à user de longues phrases, de longues explications. Ses mots étaient secs, il répondait sans s'appesantir sur le sujet, tout le contraire du long récit détaillé que lui avait offert son ami. C'était plus fort que lui. Il ne mentait pas, mais il ne disait rien de lui-même.
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MessageSujet: Re: Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay]   Maintenant tu bois, et tu veux bien de moi. [Charles Macaulay] - Page 5 EmptyDim 31 Mar - 14:23

Charles n'était plus triste. Il contemplait son existence avec un calme de monarque, ayant pris la place de l'autre Caligula et au pouvoir presque illimité. S'il était fatigué, cela ne se voyait plus que par la légère rougeur de ses joues et son teint pâle. Les verres de ce soir lui semblaient loin. Dans son manteau, se rappela-t-il, il avait une toute petite flasque de Whisky qui l'attendait, mais il ne voulait pas que Kyle la trouve ni ne la voit. Il s'enfonça un peu dans le canapé en l'écoutant parler. Entre meurtriers, ils s'entendaient bien. Pris d'une envie nouvelle et presque irrésistible, il prit la deuxième main de Kyle dans la sienne et la porta à ses lèvres.

- Ce fut très dur. On a dû affronter sa famille et son deuil, on a été invités à l'enterrement. C'était les pires jours de ma vie toute entière, facile. J'étais ivre, je me suis enfui avec la voiture de Francis pour aller acheter des clopes. Je n'en pouvais plus.

Malgré ce qu'il disait, il avait maintenant un petit sourire sur les lèvres.

- J'était en colère contre Henry, pendant longtemps. Je l'ai haïs. J'avais envie de le tuer. Mais c'est parti, avec le temps, et maintenant je suis en colère de nos actions, mais ça n'a plus rien à voir. J'ai accepté presque toute la situation.

Il ne voulait pas lui dire qu'il était en bien meilleur état qu'il avait pu l'être peu de temps après l'"accident". Une loque humaine, ni plus ni moins. Là, il lui restait un peu de fierté, la plupart du temps. Il bailla élégamment et continua de jouer avec la main de Kyle. Il voyait que ce dernier ne voulait pas s'appesantir sur ses explications. Poussé par une envie toute nouvelle, Charles se pencha sur lui et entreprit de lui voler un autre baiser.

- Si t'as pas envie d'en parler on n'en parle pas.
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